Comité de Soutien

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  • Thibaud COLLIN, agrégé de philosophie, essayiste
  • Hilaire de CREMIERS, directeur de "Politique magazine" et de "La Nouvelle Revue Universelle"
  • Philippe LAUVAUX, professeur de droit à l’Université de Paris II et à l’Université libre de Bruxelles
  • Gérard LECLERC, journaliste, essayiste
  • Olivier TOURNAFOND, agrégé des Facultés de Droit, professeur à la Faculté de Droit Université Paris 12
  • Marie-Françoise OUSSET, guide de Paris
  • Bernard PASCAUD, président de la Restauration Nationale
  • Jacques TREMOLET de VILLERS, avocat à la Cour
  • Jean-Marie LE MENE, Président de la Fondation Jérôme Lejeune
  • Christian WAGNER, rédacteur en Chef de le rubrique Economie et Finances de "Politique Magazine" et de "La Nouvelle Revue Universelle"
  • Yvan BLOT, inspecteur général de l'administration, homme politique, essayiste
  • François-Georges DREYFUS, historien, professeur émérite de l'université Paris IV-Sorbonne, ancien directeur de l'Institut d'études politiques et du Centre d'études germaniques de l'université de Strasbourg
  • Gilles VARANGE, rédacteur en chef de "la Nouvelle Revue universelle", chef de la rubrique "monde" de "Politique Magazine", écrivain
  • Frédéric ROUVILLOIS, Professeur de droit public à l'université de Paris V, écrivain
  • Olivier PICHON, directeur de la rédaction de Monde & Vie et ancien patron d'émission sur Radio-Courtoisie
  • André LOUCHET, professeur de géographie, directeurs de recherche doctorale à l'université Paris IV
  • Pierre HILLARD, professeur de relations internationales , essayiste
  • Xavier WALTER, essayiste, spécialiste de la Chine
  • Alain SANDERS, journaliste, écrivain

Magazine et Revue

“POLITIQUE MAGAZINE”

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Beaux textes

Jeudi 23 mars 2006
Que du
BLEU
par Yves-Henri Allard
 
   Le printemps nous ramène les couleurs. Elles aussi ont une histoire. Pour notre temps, le rouge est révolutionnaire, mais arrive l’orange, qui n’est plus réservé aux protestants d’Ulster. Le vert a coloré les cocardes feuillues de Desmoulins, les pancartes des écolos et l’étendard des mahométans. L’arc-en-ciel total, qui montra aux survivants du Déluge la réconciliation avec le Ciel, flotte toujours sur les marais mal desséchés, par delà Noé.

   Nous avons passé au bleu le bleu. Il en existe mille nuances, du turquoise à l’indigo. Avant tout, voici l’azur, le ciel en plein jour qui, disent les spationautes, fait de notre planète céruléenne le joyau du système solaire. Le plus lumineux est le bleu roi. Ce bleu de France par excellence est celui de la chape de saint Martin, ainsi que j’ai déjà eu l’honneur de le raconter. Son histoire relie Capet à Clovis et il s’attache maintenant à la hampe de l’emblème national.

   La Prusse a aussi le sien, sombre et cyanique, envahissant. Nous lui préférerons notre marine ou l’outremer. Côté uniformes, les Bleus ne furent guère appréciés en Vendée, bien qu’ils soient aujourd’hui acclamés ou hués sur les stades. La bleusaille doit s’aguerrir. Le bleu-gendarme et le bleu-police sont attendus ou redoutés. Le bleu-jonquille, décomposition du vert des chasseurs, est souvent remplacé par le blanc de neige, plus spectaculaire. Le bleu horizon, évocateur du bond héroïque hors de la tranchée et des ciels lumineux de la victoire, rappelle aussi les souffrances de la Grande guerre, les déceptions d’une paix précaire et les débuts d’une autre guerre qui ne fut « drôle » que peu de temps. L’Histoire n’est pas un conte bleu.

   A Byzance, les Bleus et les Verts s’affrontèrent. Cela nous fait souvenir de Pallas-Athéna « aux yeux glauques ». Il s’agit d’un bleu-vert foncé, couleur de la Méditerranée où règne le dieu Glaucos. Curieusement, seuls les botanistes en connaissent encore la nuance, qui est celle de certains feuillages ; pour presque tout le monde, l’attraction des « glacé », « glissant », « glaireux » et la teinte des mers septentrionales en a fait une couleur mal définie, grisâtre, jaunâtre, d’aspect répugnant. Très proche en est le pers - dont le souvenir reste à Paris dans la rue de la Cloche-perce, provenant d’une enseigne - et qui sert aussi à qualifier l’iris de la déesse.

   Le sang bleu est celui qui coule sous la peau fine et pâle de ceux qui ne travaillent pas au dehors. Les anciens barbiers-chirurgiens se signalaient par un flot de rubans, bleu comme les veines, rouge comme le sang, blanc comme les pansements, d’où est venu le tourniquet tricolore qui servit naguère d’enseigne aux coiffeurs.

   Et Barbe-bleue ? On prend ce monstre pour un surmâle au poil aile-de-corbeau, alors que le « bleu » était une variété de gris ; en cet époux vieillissant, le plaisir émoussé laissait place à la cruauté, seule source d’excitation qui lui restât. Cette acception mélancolique, « des bleus à l’âme », demeure dans le « blues » américain.

   Il existe encore bien des « bleus » à raconter, de peur, de lessive, de travail, en cadis de Nîmes ou de Gènes, d’architecture, de cuisine pour les truites, le steak, le vin et bien entendu les fromages. Le pastel des cocagnes fit la fortune d’une province. Les fillettes aux yeux « fleur de lin » ne cueillent plus de bluets dans les champs de blé, mais cela ne m’empêchera pas de finir cette bluette, ou ce petit-bleu, en faisant resplendir les pierres de la Couronne : le Régent, exposé au Louvre, est un diamant très légèrement bleuté ; le Muséum recèle le saphir rhomboédrique de Louis XVI.
 
YHA
 
Par Café bleu
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Jeudi 14 décembre 2006

Dom Besse

 

CE QU'EST LA MONARCHIE

PROGRAMME SOCIAL ET POLITIQUE

 

 

 
Toute nation est un corps social organisé. Il est soumis à des lois qui assurent la conservation de ses énergies et leur fonctionnement dans l'harmonie et la paix. La science politique a pour objet la recherche et la connaissance de ces lois ; l'art politique consiste à les appliquer à l'organisation d'un État déterminé .
 
La science politique s'acquiert par la méthode d'observation. Il y a deux sortes d'observations nécessaires : les unes se font dans des nations diverses et permettent de découvrir les lois générales, qui se trouvent partout ; les autres se font dans une nation déterminée. Ce sera la France pour nous.
 
Comme la nation est une unité sociale qui se prolonge dans le temps, l'observateur doit embrasser l'ensemble de son existence. Le passé éclaire le présent. La connaissance de l'un et de l'autre permet d'entrevoir l'avenir possible et. par conséquent, de le préparer.
 
Pour arriver à des conclusions certaines, il faut classer d'après leur nature les phénomènes observés. Les lois politiques et sociales découlent de ces conclusions. Quelques unes régissent les rapports que les groupes sociaux ont avec leurs membres et entre eux. L'application s'en fait dans les institutions sociales. L'ensemble de ces institutions forme nécessairement un tout coordonné. La constitution politique assure l'unité, la durée et la force de cet ensemble.
 
Bien que de nature diverse, les institutions sociales d'un Etat font corps entre elles et avec la constitution politique. La distinction, que l'on établit entre elles pour les mieux étudier, ne doit jamais aboutir à un isolement. Une séparation complète, même dans l'ordre intellectuel, équivaudrait à une amputation. Un membre séparé du corps auquel il appartient a perdu le meilleur de sa réalité, la vie. On ne comprend une institution, que si elle occupe sa place et remplit sa fonction dans le corps politique dont elle fait partie intégrante. Ce qui suppose la connaissance de ce corps politique.
 
En d'autres termes, l'étude des institutions sociales et de leur fonctionnement dans un État déterminé ne peut aller sans l'étude de sa constitution politique. Tout se tient dans la société. Le lien qui assure l'unité de ce tout est fait par la vie. Ce qu'on lui arrache cesse d'être une réalité vivante. Or tout doit vivre dans l'étude d'une société comme dans la société elle même.
 
Les institutions sociales et la constitution politique d'un État doivent correspondre exactement à ce qu'est dans la réalité le fonctionnement économique des éléments vivants dont il se compose. Leur formule doit être pour l'intelligence un miroir où se reflète cette même réalité.
 
Structure du Corps social
 
La Nation a deux éléments constitutifs : la Famille, qui lui fournit ses citoyens, et l'Atelier, qui assure leur existence. Nous avons entre, l'une et l'autre la Propriété, fruit du travail, qui garantit le présent et la durée de la Famille.
 
La Commune est le groupement géographique et ethnographique des Familles en un lieu déterminé. Les Ateliers se forment sur le territoire d'une ou plusieurs Communes en Corps d'état. Les Communes entrent dans un groupement géographique et ethnographique plus étendu, qui est la Province. Les Provinces entrent dans la Cité ou État. L'État aboutit au Souverain, qui est le couronnement de l'édifice social et le moyen nécessaire de son unité.
 
Voilà la structure naturelle du Corps social.
 
La Famille
 
La Famille est au corps social ce que la cellule est au corps vivant, son premier élément constitutif. De sa santé physique et morale dépendent la paix et le bien être de la Cité. Elle est une société perpétuelle, composée des père et mère, des enfants et du foyer qui les abrite.
 
Le lien conjugal, qui en consacre l'origine, est indissoluble. La fidélité aux prescriptions de la morale chrétienne est sa sauvegarde.
 
Elle est la base du système représentatif. Son représentant naturel est son chef, c'est à dire le père ou, à son défaut, la mère.
 
L'éducation des enfants appartient de droit au chef de la Famille. Il se décharge de leur instruction sur les maîtres de son choix, en gardant le droit de contrôler leur enseignement.
 
Le foyer, comme la Famille dont il est un élément constitutif, a besoin de stabilité et de sécurité'. Le travail de son chef et de ses membres lui assure ce double avantage, avec le concours des institutions sociales.
 
La Famille, telle qu'elle vient d'être décrite, a droit à la protection de la Commune et de la Corporation.
 
L'Atelier
 
Dieu impose à l'homme l'obligation de travailler. L'homme pourvoit à sa propre subsistance et à celle de sa famille, en se conformant à cette loi. C'est par les fruits de son travail qu'il assure la stabilité de son foyer.
 
C'est par son travail que l'homme est pratiquement lié à la société et qu'il participe à sa vie. Dans ce sens, tout travail est une fonction sociale, un service qui a sa rémunération dans un juste salaire.
 
L'Atelier est le lieu où l'homme accomplit son travail. A la campagne, l'atelier agricole et l'atelier de métier ont généralement un caractère familial; ils sont abrites par le même toit que le foyer. S'il perd ce caractère dans les agglomérations, ses liens avec la Famille ne sont pas rompus, puisque la Famille subsiste du labeur, dont il est le théâtre, et ses réserves d'avenir dépendent de sa prospérité.
 
Les gens qui exercent la même profession à un titre quelconque dans un lieu déterminé, constituent de fait un Corps d'état. Le Corps d'état est la base de l'organisation professionnelle.
 
L'organisation coopérative du travail assure la perpétuité de l'Atelier, la sécurité et la stabilité des conditions ; elle est favorable au règne de la paix et à la prospérité générale ; elle est nécessaire au plein exercice des devoirs réciproques du patron et de l'ouvrier.
 
L'organisation corporative se réalise au moyen des Syndicats et des Corporations.
 
Les ouvriers exerçant le même métier dans un ou plusieurs ateliers ont la liberté de former une association, chargée de la défense de leurs intérêts professionnels : c'est le Syndicat. Les patrons jouissent de la même liberté.
 
Les droits propres de l'ouvrier sont garantis par les statuts de l'association professionnelle.
 
Les Syndicats d'ouvriers et les Syndicats de patrons d'un même métier peuvent se constituer en Corporation ; ils y sont représentés par leurs délégués. Si les patrons ne sont pas assez nombreux pour se former en Syndicat, ils entrent personnellement dans la Corporation. La Corporation est chargée des intérêts de l'atelier, c'est à dire des intérêts professionnels communs aux ouvriers et aux patrons.
 
La Corporation peut constituer, en raison de la prospérité de l'industrie, un patrimoine corporatif indivisible et inaliénable; délivrer un brevet de capacité professionnelle aux agents de la production, ingénieurs et ouvriers; trancher les conflits relatifs au droit de travail; organiser et contrôler l'enseignement professionnel ; assister les membres en cas de maladie, d'accident, de chômage; assurer les retraites ouvrières et pourvoir aux nécessités diverses qui peuvent surgir.
 
La Corporation est dirigée par le conseil corporatif, composé , des délégués des syndicats. Les coutumes qui s'établiront par l'expérience au sein des Corporations fourniront avec le temps les éléments d'un code du travail.
 
La Commune et le Canton ou Arrondissement
 
Les Familles et les Ateliers d'un lieu déterminé forment la Commune. La Commune est administrée par un conseil, élu par les chefs de Famille. Ce conseil suffit, à tous les besoins des communes rurales. Dans les centres populeux.. on adjoindra au conseil communal les délégués des Corporations.
 
La Commune peut posséder les édifices nécessaires aux divers services publics : administration communale, enseignement, assistance, etc., et se constituer une propriété dont les revenus seront affectés à ces mêmes services. Ces biens seront administrés soit par le conseil communal, soit par des conseils spéciaux, d'après le droit propre à chaque institution.
 
Les Communes sont groupées en cantons ou arrondissements, correspondant aux anciens « pays, pagi ». Ces groupements, motivés par les nécessités de l'administration publique, faciliteront dans les campagnes l'organisation corporative et la fondation des établissements destinés à l'enseignement et à l'assistance.
 
 La Province
 
La France est constituée par la réunion de ses Provinces.
 
La Province se compose des Communes et des Corps professionnels existant sur son territoire. Elle fournit son premier cadre à la représentation des droits et des intérêts.
 
La Province est administrée, conformément aux lois de l'État et à son droit particulier ou coutume, par un Gouverneur, assisté d'un Conseil provincial permanent et des États de la province, convoqués à des époques déterminées.
 
Les États de la Province sont formés par la réunion des Chambres provinciales. On a dans ces Chambres la représentation provinciale des droits et des intérêts. Elles correspondent aux grands Corps professionnels et elles sont composées de leurs délégués. Ce sont : la Chambre des professions agricoles, la Chambre des professions industrielles et commerciales, la Chambre des professions libérales.
 
Le Conseil permanent est fourni par les États (le la province. Le Gouverneur est choisi par le Souverain dans ces mêmes États
 
Les Chambres administrent les intérêts de la Province.
 
Le Roi
 
L'ensemble des Provinces constitue la Nation. Elle est gouvernée par le Roi, assisté de ses Conseils et Cours souveraines: Conseil de gouvernement, Conseil d'État Haute Cour de justice et Cour des comptes. Le Roi est désigné conformément à la Loi salique.
 
Les membres du Conseil de gouvernement sont directement choisis parle Souverain. Ceux des Cours souveraines sont choisis par lui sur la présentation de chaque Cour.
 
Le Roi recourt au Conseil de gouvernement pour éclairer ses décisions.
 
Le Roi est chef de l'Armée. Les relations extérieures ne relèvent que de lui et les ambassadeurs parlent et agissent en son nom. Le pouvoir législatif lui appartient ; il l'exerce en son Conseil d'État, chargé de préparer les lois conformément aux cahiers des États généraux, avant de les soumettre au consentement de ces mêmes États Ce Conseil promulgue les règlements nécessaires à l'application de ces lois, quand elles sont consenties, et juge des incidents contentieux, qui naissent de cette application.
 
Le Roi exerce le pouvoir administratif par ses ministres.
 
La charge de la Justice fait partie intégrante de la souveraineté ; le Roi l'exerce dans sa Haute Cour de Justice, à laquelle reviennent les appels au Roi et les cas qui intéressent les lois fondamentales du royaume.
 
La Cour des comptes prépare les budgets ordinaires et contrôle l'emploi des deniers publics.
 
Le Peuple est représenté auprès du Souverain par les États généraux, chargés de lui présenter ses désirs et ses besoins et de consentir les lois nouvelles. Les États généraux sont une émanation des États de la Province.
 
Les impôts extraordinaires sont consentis par les délégués des contribuables.
 
l'Église
 
l'Église catholique a la pleine liberté de s'établir, de s'administrer et de se gouverner conformément à son droit. Le Pape notifie au Roi la nomination des évêques ; et les évêques, aux gouverneurs celle des curés.
 
l'Église peut posséder les édifices nécessaires à l'exercice du culte, aux besoins de son clergé et des couvres dont il s'occupe, ainsi que les ressources nécessaires au culte et à l'entretien de ses ministres. Les communes et les provinces ont la liberté de contribuer aux frais du culte et de l'entretien du clergé. Les Familles et les Corporations peuvent leur confier la direction des établissements d'instruction et d'assistance qu'elles fondent.
 
L'Armée
 
L'Armée est une armée de métier, dont l'importance sera déterminée par le Souverain, en raison des nécessités de la défense nationale.
 
La Justice
 
La Justice est administrée au nom du Roi dans les justices de paix, les tribunaux d'arrondissement, les Cours provinciales et la Cour de cassation. Les magistrats sont institués par le Souverain sur la présentation des Cours.
 
L'Enseignement
 
L'Enseignement de culture générale est à la charge des Familles et l'Enseignement professionnel à la charge des Corporations et des Corps professionnels. Les Familles, les Corps professionnels peuvent fonder des établissements d'instruction et des écoles pratiques dans la commune, le canton, l'arrondissement, la province. Ces établissements se rattachent à une Faculté d'enseignement supérieur correspondant qui a son siège au chef lieu de la Province. La réunion de ces Facultés forme l'Université provinciale. L'Université, les Facultés et tous les établissements d'instruction peuvent posséder leurs immeubles et des biens, dont le revenu sera affecté à la rémunération des maîtres, à la création de bourses pour les élèves et à ce qui paraîtra de nature à favoriser le progrès des études. Les maîtres auront besoin d'un brevet de capacité professionnelle, qui leur sera délivré par la Faculté correspondant à leur enseignement. L'Enseignement sera sous le contrôle d'inspecteurs délégués par l'Université provinciale et la surveillance d'un conseil choisi par les Familles intéressées ou par les Corporations.
 
La Presse
 
La Presse remplit une fonction sociale et politique. On ne peut l'abandonner aux premiers venus. Elle est soumise au régime corporatif. Ses membres devront fournir les garanties nécessaires d'honorabilité et de capacité professionnelles. Les délits commis par eux dans l'exercice de leur fonction relèveront du droit commun et la peine sera proportionnée au tirage du périodique dans lequel ils les auront commis.
 
Les pages qui précèdent sont une réponse à ceux qui nous demandent un programme d'études sociales et politiques. Il est conforme aux enseignements traditionnels des maîtres les plus autorisés de l'école royaliste et aux directions données tour à tour par M. le Comte de Chambord, M. le Comte de Paris et M. le Duc d'Orléans, à ceux qui gardent fidèlement avec eux les principes de la monarchie française. En le prenant polir base de leurs travaux personnels, les jeunes hommes, qui ont la noble ambition de se consacrer au service de leur pays sous les formes multiples de l'action politique et de l'action sociale, auront chance de faire oeuvre utile. Voyant la cause des maux dont la France pâtit, ils en connaîtront le remède, qui est dans le retour intelligent à la constitution politique et aux institutions sociales détruites par les révolutionnaires. La France, du jour où on les lui aurait rendues, se retrouverait elle même la fille aînée de l'Église, le royaume très chrétien.
 
Travailler à lui rendre sa tradition, c'est préparer à l'Église, la sainte liberté dont elle a besoin pour conduire les âmes à leur fin surnaturelle.
Par Café Bleu
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Jeudi 14 décembre 2006

LE MYSTÈRE D'ULYSSE

Charles Maurras
 
 
Debout sur son vaisseau près de ses compagnons,
Quand le dur laboureur de l'humide sillon,
Le héros préféré de Pallas et d'Homère,
A médité l'avis que les morts lui donnèrent,
L'aurore déchirant de célestes pâleurs
Sur le rire des eaux jette le vent des fleurs
Et dore l'île basse où languit la Sirène ;
Si le vent l'y conduit, si le courant l'y traîne,
Ulysse a consenti que son coeur soit tenté
Du prix de la sagesse ou de la volupté.
Vous me lierez, dit-il, au mât de mon navire.
Sur le brasier qui meurt il amollit la cire
Et d'abord, à chacun la versant tour à tour,
Lui referme l'oreille et le fait comme sourd.
Ils sont ainsi sauvés de l'embûche de l'onde ;
A quelque enlacement de caresses profondes
Que les veuille attirer le perfide concert,
L'ignorance les garde où le savant se perd.
*****
Souverain roi des Dieux, maître de toute chose,
Le banc de ta galère où ta loi me dépose
Porta jadis Ronsard et son ami Bellay.
Tout ainsi que pour eux, à ta justice il plaît
Qu'au repli de l'oreille une clôture épaisse
Interdise mon âme aux voix de la déesse
Et qu'à peine enfermé dans l'étroite prison,
Solitaire et déchu de l'empire des sons,
Dans l'ombre du cachot qu'habite le silence,
Un autre chant sonore et fluide s'élance,
Des maîtresses des Dieux redise la beauté,
Des héros fils des Dieux la générosité,
Et rende, comme il faut, la justice ou l'hommage,
Aux poètes sacrés pères de tous les sages ;
Mais comment ce beau coeur à l'esprit pur inné
De charnelle amertume est-il empoisonné ?
Si tu m'as épargné la pointe douloureuse
Qu'élève contre Ulysse une voix langoureuse,
Quelle intime Sirène à la mer a jeté
La fleur de ma jeunesse et la simplicité ?
D'où viennent ces accents dont le mystère double
La beauté qui m'émeut d'un charme qui me trouble
Et de fausses couleurs a terni pour toujours
La figure et l'esprit de l'idéal amour ?
Quel est ce maléfice, ô Muse intérieure !
Si prompte à raffiner la tristesse des heures
Que ton délice même, à son plus beau moment,
Tremble, hésite et finit par avouer qu'il ment.
Néanmoins, que tu sois l'amie ou l'ennemie,
Résonne, ma Sirène, à la fibre endormie
Si, par toi seule, hélas ! mon âme a répondu
Au signe que mon corps n'avait pas entendu.
*****
Mais toi qui saisis tout sans perdre une parole,
Mon Ulysse enchaîné sur ton vaisseau qui vole
Par l'âpre volonté d'entendre et de savoir
Tout ce qu'ont répandu de promesse ou d'espoir
Les véritables chants de la nymphe marine,
Goûte au poison de feu qu'en de mâles poitrines
Cette gorge immortelle a versé comme un vin
Qui les transfigurât dans le rire divin ;
Leurs os blanchis, brillants dans l'épaisseur de l'herbe,
Sont tout ce qu'a laissé de l'honneur de sa gerbe
La moisson des héros avant l'heure tranchés
Et, seule ayant joui du fruit qu'elle a fauché,
Le doux monstre accroupi sur l'antique rivage
Au calme de la mer accorde son visage
Et trouble avidement de son appel menteur
La course du navire et du navigateur.
Tu l'entends à ton tour, ô malheureux Ulysse !
Le charme est assez fort pour que ton coeur faiblisse
Et, déjà seul et nu comme le veut l'amour,
Condescende à crier à tes matelots sourds
De rompre, d'arracher les noeuds qui t'ensanglantent,
Que tu puisses nager vers l'île étincelante
Où l'aveu délirant du désir indompté
Fait le chant le plus doux que la terre ait porté :
 
Aborde à ma prairie, Ulysse magnanime,
N'es tu point fatigué d'ensemencer le flot
Et, du courroux des Dieux dangereuse victime,
D'exténuer en vain tes pauvres matelots ?
 
Habiles à tisser un nuage de gloire,
Les conseils de Pallas étendent ton erreur.
Ont-ils assez menti ! Tu ne peux plus les croire,
Viens à la vérité qui t'ouvre le bonheur.
 
Je t'apprendrai le sort de tes compagnons d'armes
Sur les champs du carnage où beaucoup sont restés,
Des veuves du Troyen je te dirai les larmes
Aux premières douceurs de leur captivité.
 
Ton roi des rois succombe au lit de l'infidèle
Qui du lambeau de pourpre enveloppe son fer ;
Il entend résonner les maisons paternelles
De plus de trahisons que n'en punit l'enfer.
 
Ne crains pas que j'oublie une épouse obstinée
Sur l'antique olivier de vos jeux nuptiaux ;
Elle n'a rien subi que le vol des années,
Mais, Ulysse, elle ignore et tes biens et tes maux !
 
Mon coeur est plus savant que la Muse elle-même
Que Mémoire sa mère instruisit tout au plus
Du bruit de vos combats et de tes stratagèmes ;
Où se tait votre histoire elle ne chante plus.
 
Je ris de son silence et de toi je m'empare !
L'impure Océanide au soleil languissant
Du plus sage des Grecs dit le songe barbare
Et l'âcre volonté qui lui brûle le sang.
 
Comme le Dieu d'en bas qu'a voulu Proserpine
Est du Tartare noir au grand jour emporté,
J'élève au ciel sacré des paroles divines
Ce qui rampe et mugit dans tes obscurités !
 
Puissé-je t'emporter au delà de ton âme !
Ô captif entravé des formes d'un destin,
Toi-même a découvert aux cendres de ta flamme
Les Ulysses nombreux que ta rigueur éteint :
 
Pourquoi serrer ta vie à la maigre colonne
Où Sagesse et Vertu t'enchaînent de leurs noeuds ?
Il reste à consoler, plus faibles que personne,
Ces Ulysses troublés, déments ou furieux.
 
Le peuple des désirs agite la nature,
Mais un chemin qui monte au-dessus de la mer
Tôt ou tard les conduit au centre des figures
Que les Dieux en dansant décrivent dans l'éther.
 
Par delà ces flambeaux, esclaves magnifiques
Réduits à tournoyer dans l'orbe d'une loi,
Mon coeur t'épanouit et mon regard t'explique
Les belles libertés qui sont faites pour toi.
 
Résigne les fardeaux, ton sceptre, ta couronne
Et ta coque de noix sur les flots écumeux !
A ton coeur tout puissant mon être s'abandonne,
Voici le myrte pâle et les roses de feu :
 
J'ai si longtemps rêvé dans cette solitude
Des plus tendres secrets à toi seul découverts,
Que le sourire aigu de ma béatitude
Engage l'esprit pur aux noces de la chair.
 
Viens ! Nos lits d'algue sèche et de menthe flétrie,
Des quatre vents du ciel embrasés nuit et jour,
Gémirent trop longtemps des lourdes rêveries
Qu'au désir ajoutait la crainte de l'amour ;
 
Tous les flots en passant m'avaient promis ta voile,
Ne m'as-tu pas cherchée aux confins de la mort ?
Quelque trait soit parti de jalouses étoiles,
Je te disputerais à la haine du sort.
 
Ô triste favori de l'écume sauvage,
C'est moi qui t'avertis de ton unique bien ;
Hélas ! nous fuirais-tu de rivage en rivage,
Je t'aurai dit ton âme, et le reste n'est rien !
*****
Telle, ô son de cristal, ô notes d'or liquide,
Telle, et plus doucement, arrache la perfide
A ton coeur fasciné l'inutile sanglot.
Quelques-uns ont rougi d'entre tes matelots,
Mais tous épouvantés du souffle qui t'appelle,
Te chargeant à l'envi d'une entrave nouvelle,
Ont fait force de bras vers le pâle horizon
Où doit fumer un jour le toit de ta maison.
*****
Depuis, qu'un soleil dore ou qu'une lune argente
La creuse immensité de la plaine changeante,
Dans l'asile secret des ombres de ton coeur
Nul écho ne répond qu'à la molle langueur
Des plaintes d'un soupir ou des larmes d'un songe.
S'il faut qu'à tes palais la course se prolonge,
Le regret douloureux qui te hante a le goût
D'une liqueur d'oubli qui se préfère à tout.
Mais tu ne frémis plus que la bonté des brises
Ait cessé de sourire à ta longue entreprise ;
Qu'importe que des flots l'inutile tourment
Heurte précipité contre ton bâtiment !
De leur gouffre salé, commune sépulture,
Émergé seul et nu sur un tronc de mâture,
Le soin de te garder et de te soutenir
Est-il évanoui dans l'amer souvenir
De la haute beauté qui gonfle ta mémoire ?
Aux fleuves infernaux ceux qui sont allés boire
Disputent s'ils ont lu sur les tables d'airain
Le sort qui te délivre ou le sort qui t'étreint.
*****
Aborde Calypso, profane la déesse,
Et fuis ! L'aulne et le pin que ton art lie et dresse
Grondent de remporter dans le trouble des mers
Un coeur inassouvi des maux qu'il a soufferts.
Qui le rassasiera ? Ton ennemi Neptune
Découvre le radeau qui porte ta fortune
Et le trident brandi sur les flots irrités
Égale à ses fureurs ton infélicité
Jusqu'à ce que, surgie entre l'onde et l'étoile,
La fille de Cadmus t'enveloppe du voile
Qui te fera dompter les flots retentissants
De tes bras vigoureux et de tes reins puissants
Et d'écueil en écueil embrasser le rivage
Où, te dissimulant sous un lit de feuillage,
Comme un feu recouvert par quelque bûcheron,
Tes membres et ton corps épuisés dormiront
Trois jours, trois nuits, comptés de couchant en aurore,
Et, comme en t'éveillant tu souffriras encore,
Ô trois et quatre fois heureux, gémiras-tu,
Quiconque a renoncé l'implacable vertu
Et, du cyprès amer s'il a cueilli sa rose,
Là-bas sur la prairie où les âmes reposent
De tant de matelots qui moururent d'amour,
A laissé la fatigue et les soucis du jour !
Aux rois plus qu'aux sujets la servitude humaine,
Économe de biens, est prodigue de peines.
*****
Ô naufragé battu par le flot du destin,
Ombre dure opposant aux clartés du matin
Tes sursauts douloureux de fureur et d'envie,
Tu n'as point relâché les rênes de ta vie
Et ni Nausicaa, ni le divin chanteur,
Ni les sages vieillards de leurs peuples pasteurs,
Ni le vaisseau qui sut retrouver ta patrie
Mais que nul n'a revu dans la verte Schérie,
Ni, sur le sol sacré, ta déesse aux yeux clairs
Quand elle eût délivré du mensonge de l'air
Les rochers de Phorcys et les vergers d'Ithaque,
Ton vieux chien mort d'amour, ni ton beau Télémaque,
Rien ne peut alléger, tout appesantira
Ton coeur mélancolique et ton farouche bras ;
Malheur aux étrangers qui, rongeant tes domaines,
Menacent du flambeau la couche de la reine !
Contre ces insensés qu'aveugla leur désir,
Tu viens comme l'épieu qu'acheva de durcir
Dans le four embrasé la langue de la flamme ;
Ayant brûlé ton coeur et resserré ton âme,
Tu veux te délivrer de toi-même en frappant.
*****
La chaste Pénélope ou la mère de Pan,
L'épouse vertueuse ou la reine infidèle
Au faîte des palais espère ou tremble-t-elle,
Pendant que des degrés à l'angle de la cour
L'arc que nul ne tendit se décharge à coups sourds,
Et la corde en vibrant jette un cri d'hirondelle ?
Vos temps sont arrêtés, ô têtes criminelles !
Un dard inopiné qui vola tout d'abord
Au jeune Antinoüs a présenté la mort.
Il la reçoit debout, comme il prenait la coupe ;
Le mieux né, le plus beau de l'insolente troupe
Ainsi de tout son long sur la terre est couché,
La poitrine béante et le poumon tranché.
Polybe, Amphimédon, Eurimaque suivirent
Tous les trois arrivés par le même navire
Qui ne chargera plus pour repasser la mer
Que le fardeau sanglant des os et de la chair.
Tel un troupeau parqué, proie à peine vivante,
Le reste bat les murs aux crocs de l'épouvante
Et, quand le trait l'atteint, s'écroule en vomissant
Dans l'épaisse liqueur des viandes et du sang
Cet esprit qui s'en va dans le royaume inane
Où le maître d'en bas fait la couche des Mânes.
*****
Héros, es-tu content ? Tes ennemis sont morts
Et, la terre pieuse ayant caché les corps,
Douze femmes feront la plainte funéraire.
Mais, pour avoir uni l'opprobre à l'adultère,
Sur un câble tendu de douze noeuds coulants,
Par le cou délicat de ces beaux corps tremblants,
Vers les oiseaux du ciel en grappe vengeresse
Tu leur feras porter la peine des traîtresses
Sans que leurs pieds légers frémissent trop longtemps.
*****
Tu veux te reposer, ô mon Ulysse ? Attends !
Quand, lavé, parfumé dans tes belles piscines
Tu t'es purifié de la houle marine,
Ithaque saluant aux degrés de l'autel
Tes yeux, ta chevelure et ton pas d'immortel,
La volonté de Ceux qui font que tu revoies,
Brillante, et ses yeux pleins de larmes et de joie,
L'intacte Pénélope, et ton père et ton fils,
Juge que tes travaux n'ont pas encore suffi
A les dédommager du coût de ta victoire ;
Les morts que tu gorgeas du sang des brebis noires
N'ont-ils pas annoncé qu'il faudrait repartir ?
Pars donc, acquitte-toi ! Tâche de découvrir
Au delà du couchant, sous le tombeau des flammes,
Les peuples ignorant l'usage de la rame
Qui, la voûte des cieux sur leur front s'abaissant,
Se traînent ou, ployés, rampent en gémissant.
Par ces confins perdus, si les astres le veulent,
Retrouve le chemin du toit de tes aïeules
Et doute qu'aujourd'hui plus qu'hier ou demain
Le Pire ou le Meilleur appartienne aux humains ;
Pour s'être mesurée aux plus hautes Puissances,
Ta fortune est le prix de ton obéissance,
Mais tu ne serais pas leur docile vainqueur
Si tu n'entretenais au secret de ton coeur
Assez de vénéneux regrets et d'amertumes
Pour estimer la vie au poids de son écume
Et vouloir en tout temps lui porter coup pour coup,
Sûr de n'y rien laisser si ton coeur ose tout !
Que te font les combats, l'Océan, l'incendie,
Et le plus ou le moins d'humaine perfidie ?
La parfaite beauté qui s'est montrée à toi
N'aura fleuri qu'un jour ni chanté qu'une fois,
Mais ton esprit lui doit toute sa nourriture
Et c'est elle qui tient dans ta main froide et sûre
La pique du guerrier, la barre du marin,
Et le bâton noueux de l'humble pèlerin.
*****
Dis-nous ton plus beau jour, Ulysse, je te prie,
Quand, revenu mourir en ta belle patrie,
Tu gravis, appuyé sur ta crosse à clous d'or,
La tribune de marbre à la pointe du port :
Là tu t'assieds, afin que les sujets d'Ulysse
En retour de l'impôt reçoivent la justice ;
Tu les accueilles tous, aucun n'est rebuté,
L'existence a mûri ton amère bonté.
Bientôt en s'écoulant la pauvre multitude
Entre la mer et toi refait la solitude,
Et l'antique unité de vos deux éléments
Sur la vague de pourpre affleure sourdement.
Le pilote muet de l'invisible barque
Approche, il resplendit d'un ordre de la Parque
Qui de cette journée allongera l'espoir
Au-delà du rayon de l'étoile du soir.
Les Dieux ont accordé ce que ton coeur demande,
Un autre arc que celui que tu tendis se bande
Sous l'horizon doré, dans le jour amorti,
Et le trait du profond de l'abîme est sorti
Qui, t'apportant le prix de sa pointe de flamme,
T'oriente déjà sur les routes de l'Ame
Où, l'esprit déchargé de ton corps soucieux,
Dansant comme un satyre et riant comme un dieu,
Tu n'arrêteras plus de voir et de connaître !
*****
Guide et maître de ceux qui n'eurent point de maître
Ou, plus infortunés, que leur maître trompa,
Donne-leur d'inventer ce qu'ils n'apprirent pas.
Ulysse, autre Pallas, autre fertile Homère,
Qui plantas sur l'écueil l'étoile de lumière
Et redoublas les feux de notre firmament !
L'amour même, l'amour qui traîna le tourment
D'Hélène et de Pâris en un même désastre,
A ton ciel agrandi fidèle comme un astre,
Rayonne la beauté de ton enseignement
Et la Postérité lit sur tes monuments,
Quelle sainte vertu, quelle raison divine
Enchaînèrent ton coeur dans ta triste poitrine :
Ô COEUR, APAISE-TOI ! GOÛTE JUSQU'A DEMAIN
L'UNE OU L'AUTRE RIGUEUR DE TON SORT INHUMAIN.
DEMAIN LES ARTS SAVANTS NÉS DE L'INTELLIGENCE
COURONNENT TA DOULEUR, ÉPURENT TA VENGEANCE.
IL TE SERA PERMIS, Ô GRAND COEUR IRRITÉ,
DE TIRER TOUT SON FRUIT DE LA CALAMITÉ.
Par Café Bleu
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Lundi 22 janvier 2007
«Au nom de la très Sainte Trinité, du Père, du fils et du St Esprit. Aujourd'hui vingt-cinquième de Décembre mil sept cent quatre vingt douze. Moi Louis XVIe du nom, Roi de France, étant depuis plus de quatre mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris, par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, même depuis le onze du courant avec ma famille. De plus impliqué dans un Procès dont il est impossible de prévoir l'issue à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune loi existante, n'ayant que Dieu pour témoin de mes pensées, et auquel je puisse m'adresser. Je déclare ici en sa présence, mes dernières volon­tés et mes sentiments.
 «Je laisse mon âme à Dieu mon créateur, et je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d'après ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus Christ qui s'est
offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes, quelque indignes que nous en fussions, et moi le premier.
   «Je meurs dans l'union de notre sainte Mère l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de St Pierre auquel J.C. les avait confiés. Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les commandements de Dieu et de l'Eglise, les Sacrements et les Mystères tels que l'Eglise Catholique les enseigne et les a toujours enseignés. je n'ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d'expliquer les dogmes qui déchirent l'Eglise de J‑C., mais je m'en suis rapporté et rapporterai toujours, si Dieu m'accorde vie, aux décisions que les supérieurs Ecclésiastiques unis à la Sainte Eglise Catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de l'Eglise suivie depuis J.C.. Je plains de tout mon cœur nos frères qui peuvent être dans l'erreur, mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en J‑C. suivant ce que la charité Chrétienne nous l'enseigne.
    «Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés, j'ai cherché à les connaître scrupuleusement, à les détester et à m'humilier en sa présence, ne pouvant me servir du Ministère d'un Prêtre Catholique. Je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite, et surtout le repentir profond que j'ai d'avoir mis mon nom, (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l'Eglise Catholique à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution ou je suis, s'il m'accorde vie, de me servir aussitôt que je le pourrai du Ministère d'un Prêtre Catholique, pour m'accuser de tous mes péchés, et recevoir le Sacrement de Pénitence.
    «Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadver­tance (car je ne me rappelle pas d'avoir fait sciemment aucune offense à personne), ou à ceux à qui j'aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu'ils croient que je peux leur avoir fait.
    «Je prie tous ceux qui ont de la Charité d'unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.
    «Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m'ont fait beaucoup de mal.
    «Je recommande à Dieu, ma femme, mes enfants, ma Sœur, mes Tantes, mes Frères, et tous ceux qui me sont atta­chés par les liens du Sang, ou par quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma Sœur qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce s'ils viennent à me perdre, et tant qu'ils resteront dans ce monde périssable.
    «Je recommande mes enfants à ma femme, je n'ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux; je lui recommande surtout d'en faire de bons Chrétiens et d'honnêtes hommes, de leur faire regarder les grandeurs de ce monde‑ci (s’ils sont condamnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire soli­de et durable de l'Eternité. Je prie ma Sœur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de Mère, s'ils avaient le malheur de perdre la leur.
    «Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrais lui avoir don­nés dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher.
    «Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu'ils doivent à Dieu qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants à leur Mère, et reconnaissants de tous les soins et les peines qu'elle se donne pour eux, et en mémoire de moi. je les prie de regarder ma Sœur comme une seconde Mère.
    « Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu'il se doit tout entier au bonheur de ses Concitoyens, qu'il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j'éprouve. Qu'il ne peut faire le bonheur des Peuples qu'en régnant suivant les Lois, mais en même temps qu'un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu'autant qu'il a l'autorité nécessaire, et qu'autrement, étant lié dans ses opérations et n'inspirant point de respect, il est plus nuisible qu'utile.
    «Je recommande à mon fils d'avoir soin de toutes les per­    sonnes qui m'étaient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés, de songer que c'est une dette sacrée que j'ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu'il y a plusieurs per­sonnes de celles qui m'étaient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont même montré de l'ingratitude, mais je leur pardonne, (sou­vent, dans les moment de troubles et d'effervescence, on n'est pas le maître de soi) et je prie mon fils, s'il en trouve l'occasion, de ne songer qu'à leur malheur.
    «Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m'ont montré un véritable attachement et désintéres­sé. D'un côté si j'étais sensiblement touché de l'ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n'avais jamais témoigné que des bontés, à eux et à leurs parents ou amis, de l'autre, j'ai eu de la consolation à voir l'attachement et l'intérêt gratuit que beaucoup de personnes m'ont montrés. Je les prie d'en rece­voir tous mes remerciements; dans la situation où sont encore les choses, je craindrais de les compromettre si je parlais plus explicitement, mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.
    «Je croirais calomnier cependant les sentiments de la Nation, si je ne recommandais ouvertement à mon fils Ms de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avait portés à s'enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recomman­de aussi Cléry des soins duquel j'ai eu tout lieu de me louer depuis qu'il est avec moi. Comme c'est lui qui est resté avec moi jusqu'à la fin, je prie Ms de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse, et les autres petits effets qui ont été déposés au Conseil de la Commune.
    «Je pardonne encore très volontiers a ceux qui me gardaient, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J'ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles-là jouissent dans leur cœur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.
    «Je prie Ms de Malesherbes, Tronchet et de Sèze, de recevoir ici tous mes remerciements et l'expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu'ils se sont donnés pour moi.
    «Je finis en déclarant devant Dieu et prêt à paraître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi. Fait double à la Tour du Temple le 25 Décembre 1792. Louis.»
Par Café Bleu
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Samedi 28 avril 2007

A écouter !!! 

cliquez sur le lien :

http://www.radioblogclub.fr/open/74831/bizet/Je%20crois%20entendre%20encore%20-%20Les%20pecheurs%20de%20perles%20%28Bizet%29

Les paroles :

Je crois entendre encore,
Caché sous les palmiers,
Sa voix tendre et sonore
Comme un chant de ramier!
O nuit enchanteresse!
Divin ravissement!
O souvenir charmant!
Folle ivresse! doux rêve!

Aux clartés des étoiles,
Je crois encore la voir,
Entr'ouvrir ses longs voiles
Aux vents tièdes du soir!
O nuit enchanteresse!

Divin ravissement!
O souvenir charmant!
Folle ivresse! doux rêve!
Charmant souvenir!

Charmant souvenir!

Par Café Bleu
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Samedi 28 avril 2007

 

La Complainte de CADIEUX

Testament d'un Coureur de Bois

 

 

« Petit rocher de la Haute-Montagne,
Je viens ici finir cette campagne!
Ah! Doux échos, entendez mes soupirs,
En languissant, je vais bientôt mourir!

Petits oiseaux, vos douces harmonies,
Quand vous chantez, me rattachent à la vie:
Ah! Si j'avais des ailes comme vous,
Je s'rais heureux avant qu'il fut deux jours!

Seul dans ces bois, que j'ai eu de soucis,
Pensant toujours à mes si chers amis;
Je demandais: hélas! Sont-ils noyés?
Les Iroquois les auraient-ils tués?

Un de ces jours que m'étant éloigné,
En revenant je vis une fumée;
Je me suis dit: Ah! Grand Dieu! Qu'est ceci?
Les Iroquois m'ont-ils pris mon logis?

Je me suis mis un peu à l'ambassade,
Afin de voir si c'était embuscade;
Alors je vis trois visages français.
M'ont mis le coeur d'une trop grande joie!

Mes genoux plient, ma faible voix s'arrête,
Je tombe... hélas!  À partir ils s'apprêtent:
Je reste seul... pas un qui me console,
Quand la mort vient par un si grand désole!

Un loup hurlant vient près de ma cabane,
Voir si mon feu n'avait plus de boucane!
Je lui ai dit: Retire-toi d'ici;
Car ma foi, je perdrai ton habit!

Un noir corbeau volant à l'aventure,
Vient se percher tout près de ma toiture;
Je lui ai dit: Mangeur de chair humaine,
Va-t-en chercher autre viande que mienne.

Va-t-en là-bas dans ces bois et marais,
Tu trouveras plusieurs corps iroquois;
Tu trouveras des chairs aussi des os;
Va-t-en plus loin, laisse-moi en repos!

Rossignolet, va dire à ma maîtresse,
À mes enfants, qu'un adieu je leur laisse,
Que j'ai gardé mon amour et ma foi, 
Et désormais faut renoncer à moi!

C'est donc ici que le monde m'abandonne,
Mai j'ai recours en vous Sauveur des hommes!
Très-sainte Vierge, ah! M'abandonnez pas,
Permettez-moi de mourir entre vos bras!»

Source: Le mémorial du Québec, Tome II, pages 207, 208 et 209.

Dès 1610, de jeunes Français comme Etienne Brulé vont hiverner parmi les Algonquins ou les Hurons pour devenir des interprètes, ou " truchements ". À partir de la seconde moitié du XVIIe siècle apparaît une deuxième génération de coureurs de bois, dans le contexte de l'expansion de la traite des fourrures sur les rives des Grands Lacs. Quelque 500 jeunes hommes y participent chaque année, hivernant dans les postes français ou dans les villages autochtones, et se liant étroitement à des Amérindiennes. Ceux qui disposent d'un permis officiel pour commercer sont nommés " voyageurs ", le terme " coureurs de bois " étant réservé le plus souvent aux traiteurs illégaux. Le pouvoir royal les condamne à être fouettés, marqués au fer ou, pour les récidivistes, aux galères, mais ils échappent le plus souvent aux châtiments, et ce d'autant plus facilement qu'ils bénéficient de complicités parmi les officiers et les marchands. Les amnisties, elles, sont fréquentes, les autorités espérant faire revenir ces " fugitifs " dans la vallée du Saint-Laurent.

Mais plus que l'illégalité des coureurs de bois, c'est leur marginalité, leur insubordination, leur " libertinage " et leur " oisiveté ", et le fait qu'ils ne se consacrent pas à l'agriculture, qui provoquent la réprobation des missionnaires et des administrateurs. Les coureurs de bois, aux yeux du pouvoir royal, transgressent les conventions morales, sociales et religieuses prônées par la France d'Ancien Régime. L'attrait qu'exerce sur eux les sociétés autochtones et leur " ensauvagement " sont lues comme des indices de la " dégénérescence " de la société coloniale. Mais on peut aussi y voir l'une des raisons du succès de la politique d'alliance des Français, les coureurs de bois jouant un rôle souvent essentiel d'intermédiaires entre colons et autochtones.

Par Café Bleu
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Mardi 12 juin 2007

tableau : Jean Raspail par Jacques Terpant

 

« Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

« S’il existe en français, pour s’adresser à autrui, deux pronoms personnels de la deuxième personne, l’un au singulier, TU, l’autre ou pluriel, VOUS, appelé pluriel de politesse, c’est que notre langue se plaît à certaines nuances qui sont les bases de la civilité. Il ne s’agit pas là de code, de formalisme de classe, de snobisme, de règles mondaines, mais simplement d’usages naturels, qui se perdent et qui faisaient, entre autres, le charme et l’équilibre de la France et le plaisir d’être Français.

Ce plaisir-là s’émousse. On me dira que d’autres motifs plus graves et plus irritants y concourent, d’autres lésions de civilisation, et que c’est considérer les choses par le petit bout de la lorgnette, mais dans ce seul domaine de la civilité, de petites causes peuvent entraîner de grands effets dévastateurs.

La Révolution française, jusqu’à l’avènement du Directoire, savait ce Qu’elle faisait en imposant le tutoiement général et en interdisant l’emploi des vocables Monsieur et Madame qui marquaient au moins une déférence réciproque : elle égalisait au plus bas niveau, celui du plus grand dénominateur commun de la familiarité.

Aujourd’hui, ce sont d’abord nos enfants que nous voyons condamnés à être partout tutoyés, comme sous la Révolution. Je ne m’en prends point au tutoiement naturel d’affection et d’intimité (la famille, les amis), ou de solidarité (les copains, les camarades,), mais à celui que leur infligent systématiquement les adultes, comme si l’enfant n’avait pas droit au respect et à la liberté de choisir selon son coeur et ses humeurs qui a, ou qui n’a pas, le loisir de le tutoyer.

D’une façon significative, et qui ne doit rien au hasard, cela commence dès L’école, où plus un instituteur ne prend la peine de vouvoyer (ou voussoyer) un enfant. Au premier jour de classe, l’ex-maître devenu enseignant par banalisation de la fonction et refus de cette sorte de sacerdoce qu’elle représentait autrefois, ne demande plus à l’enfant dont il fait connaissance: « Comment vous appelez-vous ? », ce qui serait au moins du bon français, mais : « C’est quoi, ton nom ? »

Sans que l’enfant en ait conscience, le voilà déjà rabaissé, marqué comme un élément de troupeau. On lui eût dit « vous » d’emblée, ainsi qu’à ses camarades, qu’ils en auraient retiré, tous ensemble, l’impression d’être considérés et appelés à de grands destins, ce qui est faux, naturellement, pour la plus grande partie d’entre eux, mais représente quand même un meilleur départ dans la vie que d’être ravalés dès l’enfance au matricule du tutoiement.

Le jeune élève va être vite conditionné. Dès qu’il saura lire et écrire, ses premiers livres « d’éveil » lui poseront leurs premières questions sous la forme autoritaire du tutoiement : « Dessine ici un arbre, une vache.... » ou encore : « Ecris les noms des fleurs que tu connais »

Ce n’est pas bien méchant, mais c’est ainsi que le pli se prend.
Au catéchisme, devenu catéchèse, l’accueil en TU n’est pas différent, mais ses effets en sont plus marquants, car il s’agit de choses plus graves : c’est l’âme qui se fait tutoyer d’entrée. L’ouvrage « Pierres vivantes » qui fit couler tant d’encre à cause de certaines énormités qu’il contient, distille son enseignement par le biais d’une complicité, et non d’un magistère, que le tutoiement impose à l’enfant.

Tout cela semble si bien admis, que c’est un aspect des choses que personne, à ma connaissance n’a jusqu’à présent souligné. On pose pour principe que l’enfant s’y trouve plus à l’aise. C’est sans doute vrai au premier degré.

Cette pente-là est facile et semble toute naturelle. C’est justement pourquoi l’on devrait s’en méfier...

Car dans cet immense combat de société qui divise le pays depuis déjà longtemps, et qui est loin d’être terminé, quelles que soient ses péripéties politiques, nos enfants sont un enjeu formidable : ils représentent l’avenir. Tout se tient et c’est au nom de l’égalitarisme et de l’uniformité larvée qu’on prive ainsi l’enfant de la déférence élémentaire et du respect
qu’on lui doit.

Le tutoiement qui sort de la bouche d’un instituteur, fût-il de L’enseignement privé, et de la plupart de ceux qui font profession de S’occuper des enfants, est d'abord un acte politique, même s’il est inconscient. Cela fait partie du dressage, et cela donne des résultats.

Déjà, une bonne partie de la France adulte, et toute la France juvénile, se tutoient, dans un grand dégoulinement de familiarité, qu’on appelle aujourd’hui la CONVIVIALITÉ, mot de cuistre, alibi de cuistre, camouflage de cuistre. De la convivialité à la vulgarité, le pas est vite franchi.

Dans de nombreux milieux du travail, le tutoiement devient un passeport obligatoire, dont on ne saurait se passer sous peine de déviationnisme bourgeois, alors que, chez les compagnons d’autrefois, c’était le vouvoiement qui marquait l’esprit de caste. De CASTE, pas de classe.

Au sein du parti communiste, comme du parti socialiste, dans la « République des camarades », le tutoiement est de rigueur. Seul François Mitterrand y faisait exception lorsqu’il était premier secrétaire de son parti. Il détestait qu’on le tutoie, et allait jusqu’à l’interdire, ce qui montre assez bien, à mon sens, que son socialisme était seulement d’ambition et non de conviction...

Mais, pour le commun des Français, aujourd'hui, il importe de ne pas être FIER, car ce mot-là, justement, par ce qu’il entraîne de dignité et de sentiment élevés, est devenu l’un des nouveaux parias de notre vocabulaire.

Cela peut paraître sympathique, amical, empreint de simplicité. En réalité, ce n’est qu’un piège. Quand les convenances du langage tombent, l’individu perd ses défenses naturelles, rabaissé au plus bas niveau de la civilité.
N’a pas d’autre but non plus la destruction de la langue française préparée dans les laboratoires subversifs de l’Education nationale, et dont on mesure déjà les effets...
Pour ma part, j’ai été dressé autrement. Je me souviens de la voix du maître qui tombait de l’estrade : «Raspail! Vous me copierez cent fois...» ou : «Raspail! Sortez!»
J’avais neuf ans. C’était juste avant la guerre, dans une école laïque de village. Plus tard, au lycée (et ce n’est pas pour rien qu’on a cassé certaines façons, là aussi), les professeurs nous donnaient naturellement du MONSIEUR sans la moindre dérision : « Monsieur Raspail, au tableau ! » On se vouvoyait entre condisciples, réservant le tutoiement à un nombre restreint de camarades choisis.

Choisir, tout est là ! Ne rien se laisser imposer sur plan des usages, ni le tutoiement d’un égal, ni à plus forte raison celui d’un supérieur.  Il y avait une exception, de ce temps-là : le scoutisme. Je me souviens de ma surprise quand je m’étais aperçu, à onze ans, qu’il me fallait tutoyer cet imposant personnage en culottes courtes qui devait bien avoir trente ans, et qui s’appelait le scoutmestre, et qu’à l‚intérieur de la troupe tout le monde se tutoyait aussi avec une sorte de gravité. Mais il s’agissait là d’une coutume de caste, d’un signe de reconnaissance réservé aux seuls initiés, comme la poignée de main gauche, l’engagement sur l’honneur, et les scalps de patrouille, car le scoutisme avait alors le génie de l’originalité, une soif de singularité forcenée, dont nous n’étions pas peu fiers. On se distinguait nettement de la masse, on s’élevait par degrés à l’intérieur de cette nouvelle chevalerie, mais il fallait s’en montrer digne.

En revanche, on vouvoyait Dieu. Cela nous semblait l’évidence même. La prière scoute chantée commençait ainsi: « Seigneur Jésus, apprenez-moi à être généreux, à Vous servir comme Vous le méritez... » C’est la plus belle prière que je connaisse. Il m’arrive encore de m’en servir. Voit-on comme la musique des mots eût été différente à la seconde personne du singulier, et comme elle parlerait autrement à l’âme: « ... A Te servir comme Tu le mérites. » ? C’est sec, cela n’a pas de grandeur, cela ne marque aucune distance, on dirait une formalité. Et cependant, aujourd’hui, c’est ainsi que l’on s’adresse à la Divinité, on lui applique le tutoiement le plus commun en français. Et le reste a capoté en série: la liturgie, le vocabulaire religieux, la musique sacrée, le comportement de la hiérarchie, la laïcisation du clergé, la banalisation du mystère, si l’on s’en tient aux seules lésions apparentes. Dieu est devenu membre du parti socialiste. L’usage est de le tutoyer.

Au chapitre des habitudes, ou plutôt des attitudes, j’ai conservé celle de vouvoyer aussi les enfants qui ne me sont pas familiers, et d’appeler Monsieur ou Mademoiselle les jeunes gens que je rencontre pour la première fois. La surprise passée, ils me considèrent avec beaucoup plus de sympathie, et j’ai même l’impression qu’ils m’en sont reconnaissants. Nous tenons des conversations de bien meilleure venue, et les voilà qui se mettent à surveiller leur langage, c’est-à-dire à s’exprimer correctement en français, comme si d’avoir été traités avec déférence leur donnait des obligations nouvelles et salutaires. Les négations et les liaisons réapparaissent
miraculeusement dans la phrase (je n’ai pas, au lieu de j’ai pas, c’est-t-un an lieu de c’est-h-un, etc.), la prononciation se redresse (je suis, pour chuis, je ne sais pas, pour chais pas, etc.), le goût de l’élégance verbale ressuscite. Faites vous-même l’essai, vous verrez. La dignité du langage et la dignité de la personne se confondent le plus souvent. Voilà pourquoi l’on parle si mal en ce moment.

Oserai-je avouer ici que mes enfants me vouvoient, et vouvoient également leur mère ? Cela depuis leur plus jeune âge, et sans aucun traumatisme. Sans vouloir convertir personne à ce qui peut paraître une ostentation, là aussi il faut constater que le langage courant au sein de la famille s’en trouve naturellement affiné. Et même dans les affrontements, qui ne manquent pas, un jour ou l’autre, vers la fin de l’adolescence, d’opposer les enfants à leurs parents, le vouvoiement tempère l’insolence et préserve de bien des blessures. Il en va de même entre époux, encore que ce vouvoiement-là soi devenu aujourd’hui une sorte de curiosité ethnographique, et Dieu sait pourtant les services de toutes sortes qu’il rend. Je le pratique depuis trente-cinq ans que je suis marié. C’est un jeu divertissant, dont on ne se lasse jamais.

Même dans le langage le plus routinier, l’oreille est toujours agréablement surprise. Les scènes dites de ménage, fussent-elles conduites avec vigueur, s’en trouvent haussées à du joli théâtre. On a envie de s’applaudir et de souper ensemble au champagne après le spectacle.

Toutes les femmes qui ont compté dans ma vie, je les ai toujours voussoyées, et réciproquement, pour l’honneur de l’amour en quelque sorte. Puis-je espérer, sans trop, y croire, que, tombant sur cette chronique, un jeune couple s’en trouvera convaincu, au moins curieux de tenter l’expérience ? En public, ils étonneront les autres, ce qui est déjà une satisfaction en ces temps d’uniformité où se nivellent médiocrement les convenances sociales. En privé, ils s’amuseront beaucoup aux mille et une subtilités, du vous, et je prends le pari qu’ils ne rebrousseront pas chemin de sitôt.

Dans un tout autre domaine, j’assistais récemment aux obsèques d’un ami cher, Christian, de son prénom, mais il avait aussi un nom, fort joli nom d’ailleurs. Eh bien, le prêtre, qui l’avait jamais vu vivant, qui ne l’avait même jamais vu du tout, le trairait à tu et à toi, selon les piètres dispositions du nouvel office des morts : « Christian, toi qui.. Christian, toi que... Christian, Dieu te... et ta famille... » Exactement comme pour les enfants sans défense ! En vertu de quoi, au nom de quoi, la familiarité doit-elle répandre ses flots visqueux jusque sur les cercueils ? Bossuet tutoyait-il les princes en prononçant leurs oraisons funèbres ? Or chaque défunt est un roi, enfin couronné, et sacré à jamais. Quant au nom patronymique de Christian, celui sans lequel le prénom de baptême n’est rien, il ne fut pas une seule fois prononcé ! Et pourquoi pas la fosse commune obligatoire, dans la même foulée...

Car me frappe tout autant, l’emploi généralisé du prénom seul, en lieu et place du patronyme précédé on non du prénom, et cela dans toutes les circonstances de la vie où il n’est pas nécessaire de présenter une carte d’identité : « C’est quoi, ton nom? Serge. Moi, c’est Jocelyne... » Serge qui ? Jocelyne qui ? Les intéressés eux-mêmes semblent ne plus, s’en soucier. Il y a des dizaines de milliers de Serge, des dizaines de milliers de Jocelyne, alors qu’il n’existe qu’un seul Serge X., qu’une seule Jocelyne Z. Mais on se complaît dans l’anonymat. On y nage à l’aise, on s’y coule avec délices, on n’y fait pas de vague, semblable aux milliers de milliers, on n’éprouve pas le besoin de faire claquer son nom comme un drapeau et de brandir ce drapeau au-dessus de la mêlée.
Qu’on se rassure, toutefois. Il nous restera au moins à chacun, le numéro matricule de la Sécurité sociale. Celui-là, on y tient.
J’en connais même qui se battront pour ça... »

Jean Raspail

Par Café Bleu
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