Compte-rendu de la conférence d'Olivier Pichon sur "L'Education Nationale : cause de la fin de la 5e république"

Publié le par Café Bleu

Le Café Bleu recevait jeudi soir 29 novembre, au Centre St Paul (12, rue St Joseph) de 20 heures à 22 heures, Olivier Pichon, directeur de "Monde & Vie".
Ancien professeur d'histoire en classes préparatoires, ancien élu, Olivier Pichon a été aussi pendant près de vingt ans patron d'émission sur l'antenne de Radio-Courtoisie, et est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont le fameux "Dernières nouvelles du mammouth" consacré à l'éducation. Il est aujourd'hui directeur et fondateur de la revue nationale et catholique "Monde & Vie".  En tant que journaliste et conférencier, Olivier Pichon a gardé plus que jamais son franc-parler. Il brossa d'abord - à grands traits il est vrai pour une question de temps - un vaste tableau historique de l'éducation depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, afin d'en dégager le fil conducteur. Puis il fit le bilan de ce que la République, et en particulier la Vème, a fait de cet héritage. Enfin il conclut en proposant des solutions et perspectives pour sauver l'éducation.
Premier constat historique : il n'y avait pas chez les Grecs de relation entre la paideia, c'est-à-dire l'éducation, le savoir, et la production. Cette gratuité - au sens de caractère non-opérationnel - du savoir est reprise à l'identique par les Romains qui en font leurs humanitas. C'est cet héritage gréco-romain qui va féconder le christianisme, et dont le christianisme va se nourrir. Charlemagne, premier empereur chrétien qui passe pour être l'inventeur de l'école, avait compris que la diffusion du savoir assurerait la paix civile : l'école devient en effet le ciment d'une société lorsque les individus se reconnaissent dans les valeurs communes qu'elle véhicule. L'école apparaît donc comme un ensemble d'îlots de savoir, tenus par les moines, émergeant dans cet océan de barbarie et d'ignorance qu'est l'époque carolingienne.
Puis vient la Renaissance médiévale, avec la naissance de l'universitas, qui avant de sortir de terre en une multitude de collèges pour héberger les escholiers, les fit d'abord asseoir sur des bottes de paille. Les troubles dus à la Réforme, puis la Contre-Réforme, n'empêchent pas néanmoins le savoir de se maintenir, et les collèges fondés par les Jésuites sont, selon O. Pichon, les modèles de la future école de la  République. Même au siècle des Lumières, l'école continue à remplir son rôle, sans jouer de rôle subversif dans l'émergence de la Révolution. Ce sont bien plutôt les "bobos" du XVIIIème siècle qui ont diffusé activement le poison des "Lumières".
Viennent ensuite le Consulat et l'Empire : c'est à ce moment-là que les Français s'habituent à l'idée de la centralisation de l'école, qui n'existait pas jusque là, et que l'enseignement devient alors une fonction régalienne de l'Etat. Les années 1830 voient alors le combat du comte de Falloux et de Montalembert pour la création d'écoles privées : c'est la loi Falloux. Plus tard, sous Napoléon III, on en arrive à un modèle de centralisme, et Olivier Pichon d'évoquer alors le ministre Victor Duruy sortant sa montre-oignon et disant : "A cette heure-ci, tous les écoliers de France font une version latine."
Plus tard encore, c'est dans les années 1930 que le Ministère de l'Instruction Publique devient le Ministère de l'Education Nationale, mais c'est véritablement au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale avec le Plan Langevin-Vallon (1947) que commence la soviétisation de l'Education Nationale. C'est là, selon O.P., la première des trois grandes ruptures avec la tradition éducative : la IVème puis la Vème République ont assassiné 2.000 ans d'humanités, qui jusque là avaient bon an mal an tenu bon. Ainsi, l'énorme erreur de la Ve aura-t-elle été d'abandonner la culture et l'éducation à la gauche.
La deuxième grande rupture, c'est bien entendu Mai 68, et la subversion des valeurs morales qui s'opère par la Femme : c'est d'abord l'arrivée de la pilule, puis du droit de vote pour les femmes, ce que l'on a appelé la Libération de la Femme, avec la destruction des valeurs familiales et sociales que l'on sait.
La troisième grande rupture, enfin, c'est celle opérée par les "Pédagomanes" et autres sociologues à la Bourdieu ou à la Meirieu, qui ont fait de l'éducation une science technocratique basée sur un jargon hallucinant (pensez au "référentiel bondissant" pour désigner un ballon) et ont fait de l'E.N. une "fabrique de crétins" à grands coups de méthode globale. C'est l'époque du "learning must be fun" et du prof réduit au rôle de garde-chiourme, quand ce n'est pas celui de victime... O.P. accuse donc l'école d'être le plus grand échec de la Vème République, et ce faisant, de compromettre la paix civile (cf. l'ouvrage d'Alain Finkelkraut : "L'école ou la guerre civile".)
Alors que faire ? Il est clair d'emblée que l'on n'aura plus jamais Victor Duruy sortant son oignon et disant : "A cette heure-ci tous les écoliers de France font une version latine." Pour O.P. il faut d'abord considérablement "dégraisser le mammouth" qui compte aujourd'hui quelque 1.250.000 fonctionnaires, dont 750.000 profs. Il faut dégraisser les administratifs inutiles et réduire aussi de façon drastique le nombre de profs : O.P. parle d'un objectif de 450.000 profs...soit 40% en moins !
En attendant cela, seules des initiatives privées peuvent restaurer un enseignement de qualité : la Fraternité Saint Pie X fut une pionnière en la matière ; dans le milieu associatif, des associations telles que SOS Education mènent des actions de lobbying, et des formes nouvelles d'enseignement voient le jour : enseignement à domicile, Créer son école (Anne Coffinier) etc...
Au terme de cette conférence, ponctuée par ailleurs de nombreuses anecdotes vécues, Olivier Pichon affirme que c'est donc en repartant de la famille, qui a été la dernière étape de cette longue descente aux enfers commencée dès avant la Révolution française, que l'on pourra reconstruire l'éducation.
Merci Olivier Pichon de cette grande leçon d'éducation.
C.D. - BJA

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