De la Nouvelle Droite

Publié le par Café Bleu

Ce qu'est la Nouvelle Droite
S'appuyant sur l'idée du philosophe marxiste GRAMSCI selon laquelle la conquête culturelle est corollaire de la conquête politique, les intellectuels de la Nouvelle Droite, derrière Alain de Benoît, ont vu leur heure de gloire au milieu des années quatre-vingt à travers des relais aussi connus que le G.R.E.C.E. ou le magazine"Nouvelle Ecole" mais aussi le Club de l'Horloge (club de hauts fonctionnaires proches de la droite parlementaire) ou Le Figaro Magazine, à l'époque de Louis PAUWELLS. Leur assimilation, certes errônée, à une idéologie raciste les a ensuite durablement discrédités. 
Si la dénonciation des principaux maux du  monde contemporain (individualisme, matérialisme, universalisme négateur d'identité) ne leur est pas spécifique, il importe de regarder en quoi la naissance de ce courant de pensée a constitué une nouveauté par rapport à ce qu'ils appellent " la vieille droite", non sans condescendance.
 
Une caractéristique essentielle de la Nouvelle Droite, inédite dans l'histoire de la droite française, conciste dans son obsession anti-chrétienne. A partir d'un triple contre-sens sur le rôle de l'Eglise dans l'histoire (individualisation du salut individuel, universalisme du message évangélique, confusion entre repentance d'une nation ou de l'Eglise qu'ils réclament d'ailleurs et  pardon chrétien individuel), ils en arrivent à considérer  l'Eglise comme  intrinsèquement liée à ces  maux du monde contemporain. Nul doute que le  progressisme de l'Eglise post-conciliaire comme vecteur d'universalisme  n'y a pas peu contribué mais force est de constater la dimension structurelle, et non conjoncturelle, de cette agressivité à l'encontre du christianisme. Ainsi la dimension chrétienne médiévale, peu propice aux maux dénoncés, était déjà conçue comme un mal...d'où cette obsession de retour à l'époque tribale et pré-chétienne de l'Europe. CE REJET SYSTEMATIQUE DE L'HERITAGE CHRETIEN LES CONDUIT EN TOUT CAS A UN REJET PUR ET SIMPLE DE L'HISTOIRE DE FRANCE, nation prédestinée dont l'acte de naissance peut être défini à travers le baptême de Clovis
On peut sans doute y voir l'inspiration nietzschéenne (la hiérarchisation des rapports sociaux ordonnée autour de la "protection de la veuve et de l'orphelin "est certainement considérée comme une atteinte à l'épanouissement du Surhomme) mais, paradoxalement, la Nouvelle Droite reproche aussi bien à l'Eglise son rôle de protection du plus faible que sa propension, via l'évangélisation à se répandre à travers le monde (contribuant ainsi à la puissance des nations occidentales et de leur civilisation). La Nouvelle Droite n'en n'est pas à un paradoxe près!
Ce rejet de toute transcendance surnaturelle les conduit bien sûr à un ésotérisme qui trahit quelques similitudes avec le mode de fonctionnement des loges maçonniques. Cette similitude se traduit aussi dans le mode de fonctionnement, apparaissant comme une nébuleuse, sans ligne de conduite claire et sans vision politique précise.
 
 
Par ailleurs, la légitime dénonciation du jacobinisme comme du mondialisme est issue de leur soucis de maintien du tissu social et de l'enracinement, qui correspondent aux problématiques de la droite traditionnelle et du nationalisme intégral. Toutefois, ne reconnaissant pas l'héritage chrétien des nations européennes (et donc l'apport médiéval culturel qui a vu la constitution des corps intermédiaires), leur approche en vient à nier le principe de subsidiarité défini par l'encyclique Quadragesimo Anno en vertu duquel il existe une certaine complémentarité entre les différentes strates (familiale, professionnelle, communale, régionale, nationale).
Eclairante à cet égard est cette phrase issue du Manifeste de la Nouvelle Droite: " le lien social, dont la vieille droite n'a jamais été capable de reconnaître l'autonomie et qui ne se confond nullement avec la seule société civile, se définit d'abord comme un modèle pour les actions des individus et non comme l'effet global de ces actions" .
C'est un peu comme si la Nouvelle Droite défendait les corps intermédiaires, mais privés de leurs dimension intermédiaire. Ceux-ci continueraient à exister comme vecteurs de tissu social et d'enracinement mais non comme vecteurs de cohésion nationale.
La Nouvelle Droite n'est donc pas fondamentalement nationaliste car, au dela de son absence de dimension territoriale, elle se positionne sur une vision tribale de la société, ou dirions-nous aujourd'hui : communautariste (SARKOZY était-il disciple de PAUWELLS? ).
Comme ils attachent un prix démesuré à l'appartenance ethnique, les tenants de la Nouvelle Droite en viennent à prôner parallèlement un "européisme" hyper-boréen qui, attendu qu'ils rejettent l'échelon national, revient à peu de choses près à la même conception que les ténors du "oui" à la constitution européenne (capacité infinie d'élargissement mis à part). Sans y voir bien sûr un tremplin vers le mondialisme.
Le terme de communautarisation de l'Europe correspond mieux à leur politique que celui de régionalisation qui est impropre puisque ces régions européennes ne seraient plus des provinces issues des vieilles nations, mais des ensembles ethnico-culturelles homogènes au sens pré-chrétien du terme, ensembles qui recoupent curieusement ceux que la théorie de RICARDO et les ténors du libre-échangisme effreîné voudraient instituer.
Enfin, leur dénonciation du prosélytisme évangélique et de  la colonisation comme agression ultime envers d'autres civilisations (une optique tout à fait  tiers-mondiste... ), et le caractère presque exclusivement ethnique de leurs préoccupations les conduisent à négliger toute dimension territoriale (la "terre et les morts" de Barrès) de leur combat. Ce tribalisme moderne les place résolument aux antipodes du nationalisme!
 
La dimension spécifiquement identitaire et leur travail d'imprégnation des milieux nationalistes ces dernières années a accouché d'une mouvance, qui retient de l'extrême droite traditionnelle le nationalisme (qu'Alain de Benoist abhorre) et le "populisme" tout en conservant la dimension identitaire. Les identitaires, une des deux composantes des nationalistes révolutionnaires (reprenant ainsi le terme du leader François DUPRAT) apparaissent comme uns intéressante fusion intellectuelle entre le néo-paganisme néo-droitier et le nationalisme intégral d'inspiration maurrassienne! 
 
Sur la plan du rejet de l'héritage chrétien comme sur l'absence de dimension territoriale, sur la vision de l'Europe comme sur le communautarisme, le paradoxal rejet par la Nouvelle Droite d'une partie de l'histoire de l'Occident la conduit à un porte-à-faux entre sa réelle dimension identitaire et le côté artificiel des entités qu'elle entend défendre. Sans doute la principale raison du grand écart idéologique que ses ténors incarnent parfois, entre le racisme le plus primaire et l'antinationalisme le plus brutal.

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