LA SITUATION ECONOMIQUE DE LA FRANCE

Publié le par Café bleu

 
 
RENCONTRE AVEC CHRISTIAN WAGNER
LE MERCREDI 25 OCTOBRE 2006 sur
LA SITUATION ECONOMIQUE DE LA
FRANCE
Rédacteur en Chef de Politique Magazine et de La Nouvelle Revue Universelle, Monsieur Christian WAGNER a accepté avec beaucoup de sympathie de venir nous entretenir de la situation économique de la France en 2006.
Nous tenons à le remercier en ces lignes pour la disponibilité qu’il a bien voulu nous accorder et la convivialité dans laquelle il a souhaité réaliser sa prestation dont la qualité compensât largement certaines difficultés.
Sur ce dernier point, notre conférencier nous rassura au cours du tour de table préalable à l’occasion duquel chacun pu se présenter ; l’économie n’est pas une discipline très aimée en France. Lui-même convient qu’historien de formation, il n’y vint, sans grande passion initiale, que par atavisme familial sur l’insistance d’un père pour lequel l’économie et la finance étaient en quelque sorte l’alpha et l’oméga de la société.
S’appuyant sur un principe qui lui est cher en journalisme, selon lequel il convient d’être fort sur le fond tout en étant modéré en la forme, il choisit donc de nous brosser, par touches impressionnistes, un portrait de la situation économique française et des enjeux à laquelle elle est sommée de répondre à travers un bilan de ses difficultés et de ses atouts. Voici ci-après les principaux traits que nous en avons retenus.
I - L’ECONOMIE MALADE DE L’IDEOLOGIE
1°) Une doctrine… doctrinaire.
L’enseignement de l’économie peu prisé autrefois est devenu depuis une arène idéologique dans laquelle domine l’école marxiste et ses succédanés. L’enseignement français en est resté fortement empreint qui trouve de bon ton dans une cosmogonie purement partisane de la discipline économique de stigmatiser tout ce qui n’est pas socialisme sous le nom d’ultralibéralisme sauvage, voire de « fascisme ». Pourtant, partout dans le monde depuis la chute du Mur de Berlin, le Libéralisme s’est imposé sous une forme d’économie sociale de marché. Celle-ci s’avère finalement être aujourd’hui la seule expression réaliste de l’économie qui évolue dans un contexte de mondialisation croissante et incontournable.
En effet, la mondialisation dont l’un des principes moteurs est la concurrence a pour corollaire l’émergence d’importants bouleversements sur une très grande échelle géographique dans les politiques des prix et partant de salaires ainsi que d’emplois.
2°) L’inanité du concept de patriotisme économique
Il est cependant de coutume en France d’oublier qu’il existe un mode en dehors de la France dans lequel vivent et évoluent d’autres Etats, d’autres ensembles politiques ou économiques. La tentation de l’isolation est forte qui tend à laisser espérer que le protectionnisme est l’ultime solution. Pourtant, une économie fermée est une économie de pauvreté. L’histoire et l’actualité sont là pour nous rappeler cette inéluctable vérité que même la Chine a assimilée qui ne confond pas Etatisme politique et économie de marché.
Cela n’empêche pas les pouvoirs publics, les représentants syndicaux et les hommes politiques de France d’occulter cette réalité en se nourrissant de formules incantatoires et de concepts à l’emporte pièce tel que le patriotisme économique qui prétend vainement fermer le marché français aux entreprises étrangères tout en fermant pudiquement les yeux sur les conquêtes de marchés étrangers par des entreprises françaises.
Longtemps, il fut possible de vivre avec de telles illusions tant la richesse naturelle, intellectuelle, industrielle française paraissait inépuisable pour constituer la rente des générations souhaitant jouir « des fruits de la croissance. » Toutefois, si au cours des Trente Glorieuses il fut possible de profiter sans compter de la richesse de l’héritage grâce à une forte croissance, il n’en est plus de même maintenant que l’hoirie est dilapidée.
De ce malaise, la crise du contrat première embauche (CPE) en a été l’un des symptômes visibles qui vit défiler dans les rues des étudiants craignant un avenir incertain et protestant contre un modèle de contrat qui ne leur était nullement destiné. Cela dénote en plus le côté criminel de cette idéologie qui a voulu qu’il n’y ait plus de sélection scolaire ou universitaire et qui préfère pousser des générations de jeunes à étudier dans des voies peu porteuses d’avenir (sociologie, psychologie, par exemple) et les laisser aller à l’échec plutôt que de les aider à aller vers un métier, sachant de plus que les filières techniques ont été dévalorisées aux yeux du public et que le système universitaire n’en sort que plus fragile, plus coûteux et sans prestige.
L’un de ses échecs et non des moindres est d’avoir produit des jeunes qui n’ont d’autres ambitions pour 75 % d’entre eux que de devenir fonctionnaires.
II - LE SECTEUR ETATIQUE OU LE LEVIATHAN MALADE
1° un fort clivage public/privé
La traduction matérielle de cet affrontement entre l’idéologie et la réalité se traduit dans les faits par la coexistence de plus en plus difficile entre :
v      Un secteur public, qui s’autoalimente tant du point de vue de sa propre justification que de l’activité, dans le cadre duquel le service public n’a plus guère d’autres acceptions que celle de la protection des « droits acquis » de personnels censés le servir ;
v      Un secteur privé confronté à la très dure réalité du quotidien et de la nécessité d’assurer son développement tant pour réussir à se subvenir qu’à produire la richesse que l’Etat n’hésite pas à redistribuer au moyen de ses impôts et charges sociales, d’une part, de ses subventions, aides et autres contributions, d’autre part.
Il est à cet égard important de rappeler que les droits dits acquis ne peuvent le rester que tant que quelque chose est là pour les assurer. C’est une loi que les entreprises connaissent bien qui ne peuvent assurer un salaire à leurs employés que tant qu’elles produisent des richesses.
2°) Un endettement public inquiétant
Pour mieux saisir la gravité de la situation, il n’est que de souligner que l’endettement de la France est de 1 100 milliards d’euros, auxquels il convient d’ajouter plus de 900 millions d’Euros qui gagent les retraites des fonctionnaires, soit 44 % du Produit intérieur brut (P.I.B.). Chaque Français se trouve dès lors dès sa naissance titulaire d’une dette de près de 18 000 euros (plus de 32 000 euros en intégrant la charge des retraites).
S’agissant plus précisément du système de retraite français, il n’est que de constater combien son équilibre apparaît évidemment fragile alors que se profile en 2008 le bilan de la réforme FILLON. L’âge moyen de cessation d’activité en France est de 57,4 ans quand dans le reste de l’Europe, il est de 64 ans et qu’il doit passer chez notre premier partenaire économique, l’Allemagne, à 67 ans. En 2040, la France devrait compter 7 retraités pour 10 actifs.
Dans le même ordre d’idée, il est difficile de s’esbaudir devant le succès de notre système de sécurité sociale sachant que nos dépenses de santé représentent plus de 22 % du P.I.B. tandis que les français sont parmi les plus gros consommateurs de psychotropes et d’anxiolytiques.
Au vu de ces chiffres, la dette fiscale et sociale est donc de 66 % du P.I.B. sans que semble s’ébaucher l’embryon d’une réelle solution, ni remis en cause de la grande générosité du modèle social et de la politique d’accueil de la France.
3°) Le poids de la fonction publique
Pour ne revenir que sur la fonction publique et sans s’adonner à un manichéisme de mauvais aloi, il n’a pas encore été sérieusement envisagé de mieux allouer les ressources humaines au sein du « Mammouth » comme le dit en son temps un ancien Ministre de l’Education dite nationale. Pourtant, il eut été possible de mettre à profit le départ en retraite de nombreux agents du Baby-boom, de l’équipement informatiques et de la réforme structurelle de certaines administrations, comme celles des finances, voire de simplifications procédurales pour diminuer la masse salariale globale tout en veillant à mieux redistribuer les effectifs en faveur de secteurs à fort besoins comme la Justice.
L’Etat pourrait fort bien se recentrer sur ses fonctions régaliennes et n’intervenir, dans le domaine économique, que sur des secteurs hautement stratégiques. Quant à la gestion de ses ressources humaines, ce ne serait pas remettre en cause les notions de service public ou d’intérêt général que de concéder certains d’entre eux à des entreprises privées ou les faire assurer pas des salariés sous conventions collectives.
Au lieu de cela, héritier d’un Colbertisme qui n’aurait cessé d’engraisser de prérogatives et de secteurs d’activité, il tend à devenir un podagre tout puissant mais impotent.
III - UN SECTEUR PRIVE ENTRE PEINES ET ESPOIRS
1°) Petite mise en situation au sein de l’environnement international
Une comparaison avec les données des Etats et ensembles qui nous entourent donnent déjà une première mesure de la place Française dans le jeu international. La croissance mondiale était de + 4% en 2006 et est annoncé comme étant de + 4,9 % pour l’année 2007, les échanges commerciaux internationaux progressant quant à eux dans le même temps de 9 %. Depuis les années 90, le taux de croissance annuel n’est que de 2 % en moyenne. 
Dans la plupart des pays de l’organisation de coopération et de développement économique (OCDE) qui regroupent une bonne partie des Etats européens, il y a un retour au quasi plein emploi, c'est-à-dire qu’il ne subsiste en leur sein un chômage structurel, qui se situe en deçà des 6%, caractérisé par les inévitables variables d’ajustements existant entre offre d’emploi et demande de travail, ainsi que par une grande évolutivité des effectifs concernés, une part de ces chômeurs l’étant pour une durée relativement courte et parce que dans une situation intermédiaire entre deux emplois ou entre une période d’étude et une période d’emploi.
En France, par contre, le chômage reste élevé, même s’il diminue d’environ 1 % par an et fluctue aujourd’hui dans une fourchette allant de 8 à 10 %. Les causes de cette diminution somme toute modeste et relative du chômage n’ont que peu à voir avec les lois du marché. Elles tiennent essentiellement aux emplois aidés du type emploi jeune et à la diminution démographique qui se traduit par la cessation d’activité en masse des premières générations du Baby-boom et leur moindre remplacement sur le marché du travail par de nouvelles générations nettement moins nombreuses.
Dans le dernier classement international des meilleurs établissements d’enseignements du Financial Time, les deux meilleures écoles françaises de management, qui se trouvent en deuxième position, sont H.E.C. et l’E.S.C.P.A 
Par contre, dans le dernier classement des 2000 premières entreprises du monde établi par le magazine Forbes ne figurent que 66 entreprises françaises et la première d’entre elles, Total, ne se trouve qu’à la 14ème place.
2°) La lourdeur du Code du travail.
La législation sociale française est riche d’un code complexe construit par strates successives qui ne sont pas toujours homogènes ni mêmes cohérentes entre elles. Certaines de ses dispositions demeurent officiellement en vigueur quand les comportements qu’elles visent sont eux-mêmes devenus désuets.
D’autre part, il est devenu de plus en plus marqué par des relents d’idéologie socialisantes, notamment à l’occasion de la mise en œuvre des 35 heures dont le but était de diminuer le chômage en partageant les emplois comme s’il s’agissait d’un gâteau. Cette idée s’inscrit dans une perspective très dix-neuvièmiste qui ne tient aucunement compte ni de l’évolution des modes de production (le secteur industriel à forte main d’œuvre tend à disparaître), ni de la hausse de la productivité, ni de l’importance des petites et moyennes entreprises pour le développement de l’économie et de l’emploi.
Sur ce point, sans revenir sur ce qui a déjà été écrit sur les carences du système scolaire, il est intéressant de noter que l’aveuglement étatique ne permet pas de pourvoir à près de 80 000 postes dans les bâtiments et travaux publics, la restauration et diverses autres métiers liés à l’artisanat.
3°) Les carences des investissements
Les Français investissent peu dans leurs entreprises, seuls 6,4 % d’entre eux étant actionnaires. Parallèlement, les banquiers français ont l’apparence de petits épiciers par rapport à leurs confrères européens ou américains qui sont moins tatillons dans le formalisme nécessaire au financement de projets d’entreprises.
Toutefois, la principale verrue sur la politique d’investissement française, c’est l’impôt sur la fortune qui devient une véritable arme en faveur de la délocalisation des entreprises. L’exemple récent du passage du Plazza Athénée des mains du groupe TAITTINGER aux mains d’actionnaires étranger en est la meilleure illustration. En effet, les actionnaires français non salariés sont assujettis à l’ISF et finissent par préférer céder leurs parts dans des entreprises françaises à des groupes ou banques étrangères, voire migrer eux-mêmes vers des horizons fiscalement plus hospitaliers. Aujourd’hui, 55 % des entreprises françaises figurant au CAC 40 sont détenues par des capitaux étrangers.
L’I.S.F. s’avère donc un excellent outil à détruire le patrimoine qui, en sus, ne permet pas aux nouvelles générations de s’en constituer un.
4°) Les atouts de la France
Pourtant, la France ne manquent pas d’atouts. Elle demeure la 4ème puissance nucléaire civile du monde, ce qui lui garantit une certaine indépendance énergétique à l’égard du gaz et du pétrole ; ses secteurs industriels phares demeurent l’industrie agroalimentaire, la construction automobile, l’aéronautique (malgré les quelques actuels déboires que connaît Airbus avec ses partenaires européens dans le cadre du lancement de l’A 380).
La productivité des salariés français demeurent une des plus fortes au monde en dépit du sous emploi de sa main d’œuvre âgée et de la mise en place des 35 heures devenu l’horizon idéologique indépassable de la politique sociale française.
Contrairement au secteur public qui vit sur ses dettes essentiellement consacrées au financement de ses charges de personnels (46 %), l’endettement privée est plus faible en France que chez nos voisins européens, même si ce taux d’endettement tend à croître, notamment avec la hausse de l’investissement que représente de plus en plus l’acquisition d’un bien immobilier. C’est ainsi qu’il est désormais possible de s’endetter sur 30 ans quand en Espagne la durée de remboursement d’un emprunt peut courir sur 50 ans.
Enfin, riche d’un patrimoine historique et culturel fort et attractif, la France demeure au premier rang des nations touristiques tout en ayant en partage avec un espace francophone regroupant plus de 180 millions de personnes le privilège du patrimoine linguistique qu’est la langue française.
A notre plus grand regret, c’est arrivé à ce point qu’a du s’interrompre dans son élan notre conférencier pour cause d’horaire de fermeture de l’établissement qui nous accueillait. Il n’a cependant pas voulu que nous nous quittions sans rappeler en deux ou trois phrases que le centre de toute l’économie, sa préoccupation essentielle comme son principal moteur, c’est l’Homme et que de cette phrase lourde de sens de Jean BODIN au XVIè siècle il est essentiel de ne pas négliger le poids de chaque mot : « il n’est de richesse que d’hommes ».
BEH

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