Le mariage gay

Publié le par Café bleu

Compte-rendu de la conférence de
Thibaud COLLIN sur
″La mariage gay. Les enjeux d’une revendication″
du 28 mars 2006
 
 
 
Chers Amis,
 
Le Café Bleu a reçu le professeur COLLIN qui est immédiatement entré dans la peau d’un membre du Café Bleu, c'est-à-dire qu’il nous a gratifié d’une analyse objective, basée sur des références culturelles et philosophiques partagées par la majeure partie de nos concitoyens, mais qu’il a beaucoup approfondis. Il ne s’est pas contenté de dépeindre une situation catastrophique mais il est allé au-delà, dans l’intention d’encourager à œuvrer avec espoir dans la direction qui est la bonne.
La soirée s’est prolongée par une discussion autour du buffet. Les organisateurs en profitent pour remercier Mr COLIN de son accessibilité et de sa disponibilité.
 
                Plusieurs leviers sont utilisés par les homosexuels pour faire prévaloir leurs revendications : le premier est l’argument de la discrimination par lequel ils se victimisent en s’opposant aux hétérosexuels. Ces termes d’hétérosexuel et d’homosexuel ont été inventés récemment et sont aujourd’hui un acquis dans la société alors qu’ils sont un postulat venant des communautés gays par lequel ils veulent souligner la différence entre les deux communautés, comme si ces communautés existaient de soi et comme si leurs membres ne se rencontraient jamais dans la vie sociale. C’est le premier palier qu’ils ont franchi en faisant "prendre conscience" à la société qu’ils étaient une communauté, se positionnant dès lors en groupe de pression voulant influer sur la société avec des objectifs bien au-delà de celui de vivre une vie d’homosexuel.
Le "problème" que les gays rencontrent aujourd’hui en France est l’impossibilité imposée par la loi pour des personnes de même sexe de se marier. Leurs revendications s’articulent autour de cette impossibilité juridique. Depuis l’apparition de ce mouvement sous sa forme contestataire, il s’est trouvé cette revendication autour de laquelle s’est développé la dialectique des droits de l’homme pour défendre le "droit" en question que les gays revendiquent qui est celui de bénéficier du même mariage que les hétérosexuels. C’est toujours la technique de la progression par paliers irréversibles, après le premier palier du PACS,  dans la conquête de leurs droits sociaux mais surtout de leur influence sur les structures sociales.
La revendication gay progresse beaucoup depuis quelques années et a de plus en plus de relais d’opinion. Cela est dû au fait qu’elle est calquée sur la lutte contre le racisme, qui est une rhétorique qui a pénétrée les esprits contemporains. En se bornant à suivre cette méthode, on est sûr, à notre époque, d’être entendu et de voir son message relayé.
Le terme d’homophobie, qui est lui aussi très récent, est traduit par : haine du gay. C’est encore une fois un abus de langage qui caractérise cette rhétorique à spectacle, médiatique, basée sur la mise en scène. Quelqu'un qui a des phobies est un malade. A la fin du 19e siècle, l’homosexualité est considérée comme une maladie. On est passée au fait que la maladie est dorénavant d’être homophobe. Etre homophobe va des pulsions criminelles à la "discrimination simple" ou juste au fait d’être contre les revendications gays. Cette globalisation permet de regrouper tous les contres et de les traiter en malade.
La lutte contre l’homophobie s’est greffée sur la lutte contre le racisme. Ceux qui pensent différemment se retrouvent montrés du doigt. Ainsi, le député UMP Christian VANNESTE a été condamné pour avoir dit que le comportement homosexuel était inférieur pour la société au comportement hétérosexuel.
 
La révolution sexuelle des années 60-70 a été le grand déclencheur de ces revendications. Cette révolution a été initiée par les mouvements féministes, composés en grande partie de lesbiennes. Elles ont voulu faire éclater le système et s’en sont pris au mariage car il est une institution bourgeoise. On en revient à la volonté de repartir de zéro et de tout changer, les normes existantes n’étant que des préjugés empêcheurs de tourner en rond, donc à détruire. Elles ont voulu changer le système de l’intérieur en dénaturant l’institution du mariage. Au-delà du droit de vivre ensemble pour des gens du même sexe, ce qui pourrait se faire sous une autre appellation que le mariage (le PACS), c’est bien le mariage en soi qui est la cible. La volonté de s’unir entre gay ou lesbiennes n’est pas le principal objet. Le but est la dénaturation des comportements jusque là majoritaires entre les hommes et les femmes pour faire changer la société, voire, de plus en plus ouvertement, pour faire exploser la société.
L’apparition de la notion d’hétérosexisme, qui a été inventé par les communautés homosexuelles, signifie la lutte des hétérosexuels contre les homosexuels, ceux-ci se positionnant encore artificiellement en victimes. Pour eux, l’hétérosexisme est un dispositif institutionnel, mental, pratique, basé sur des savoirs (la psychanalyse est ciblée) qui hiérarchiserait les sexualités. C’est une sorte de théorie du complot visant à masquer la réalité qui, pour eux, est l’égalité entre les différentes pratiques sexuelles, pratiquer une sexualité étant une orientation à définir, une fin en soi.
 
Les revendications homosexuelles sont portées par le progressisme. C’est l’idée que ce qui advient sera toujours meilleur que ce qui était, que l’histoire a un sens, notion dangereuse obligeant à définir des utopies après lesquelles courir. On connaît les résultats des politiques qui se sont appuyées sur cette vision. Suivant cette logique, les gays reprennent le schéma marxiste de l’aliénation en considérant la société composée d’hétérosexistes comme malade et égarée, donc à faire changer, à faire progresser.
C’est une véritable machine de guerre qui ne cesse d’avancer. Du crime contre une personne homosexuelle, on aboutit à l’hétérosexisme, c'est-à-dire : la société est structurellement homophobe. Ceci donne l’élaboration d’un programme d’éradication de l’hétérosexisme. Ce programme doit être enseigné de plus en plus tôt pour éduquer les enfants à ne pas devenir hétérosexistes, en leur expliquant que toutes les sexualités sont égales et donc en leur faisant découvrir la notion de sexualité dans sa dimension uniquement comportementale et jouissive. Leur but est de leur faire comprendre que la différenciation sexuelle n’a pas de fondement philosophiquement valable. C’est un boulevard rhétorique qui se met en place. Les éditions des Presses Universitaires de France ont publié un dictionnaire de l’homophobie recensant toutes les institutions, personnes, idées, qui sont homophobes. Toutes les composantes de toutes les sociétés à travers l’histoire sont dedans.
 
Un outil des revendications gays pour progresser est le familialisme d’Etat. Ce sont les dispositifs administratifs, pratiques, qui portent sur la famille et en font le fondement de la société. Cette politique a connu sa consécration après la deuxième guerre mondiale lorsqu’il a fallu redynamiser le pays. Elle s’est développée avec l’Etat providence et la politique de redistribution. Elle est devenue un mécanisme social. Avec la liberté sexuelle et l’évolution des mœurs des années 60, le familialisme d’Etat s’est adapté puisque sa vocation n’était plus de promouvoir la famille "traditionnelle" comme cellule première de la société mais simplement d’assister les Français dans leurs besoins matériels en fonction de leur mode de vie familial. Des spécialistes ont donc été chargés de regarder et d’analyser l’évolution de la société pour adapter le mécanisme aux réalités.
Concernant les droits des homosexuels, l’Etat doit donc s’adapter aussi sur les termes du familialisme d’Etat, suivant ainsi sa politique de satisfaction de toutes les formes de besoins des Français, sans distinction entre les situations bonnes ou stériles pour le pays. L’Etat entre alors dans le jeu des revendications communautaires qui consiste à toutes les satisfaire pour amadouer un électorat potentiel. Il est petit à petit pris au piège et doit aider tout le monde. Si l’Etat n’aide pas, alors il n’est pas juste et est arbitraire, l’arbitraire étant évidement toujours injuste dans la dialectique en place. La situation est bloquée pour l’Etat qui est dans un engrenage dont il ne peut sortir, n’ayant pas les moyens ni la lucidité nécessaires pour prendre du recul par rapport à la situation et s’autoréformer. Toutes les revendications gays apparaissent alors comme des fruits mûrs, c'est-à-dire qu’elles ne peuvent qu’être satisfaites à plus au moins long terme, faute de système politique dont la cohérence et la légitimité permettrait de s’y opposer directement. La conquête de ces droits se fait par paliers pour ménager les consciences pas encore prêtes à accepter les changements prévus. Cette conquête est basée sur une influence rhétorique et médiatique.
 
La tentation aujourd’hui est que grâce à la technique, l’homme contemporain pense pouvoir s’affranchir de ses propres limites. Ce constructivisme ouvre des possibles car il présente les situations à légaliser comme existantes. C'est-à-dire que l’homme n’ayant plus de limites a priori, il ne supporte plus les interdits et ce qui est à ne pas faire ou à éviter devient l’objet de revendications et d’expériences. D’où la difficulté de présenter un discours prônant une société fondée sur l’ordre naturel humain, alors qu’aujourd’hui c’est l’homme qui se construit. Où mettre les limites lorsque l’on s’affranchit de l’ordre naturel ?
Tous les partisans des revendications gays ont des bases philosophiques refusant la nature humaine et ne réutilisent de la pensée nietzschéenne que sa dimension anarchique et destructrice. L’astuce est que cette philosophie anti-nature s’articule dans un langage qui se veut universel et est perçu comme tel, le langage démocratique.
L’impuissance du système et des institutions actuelles à imposer une vérité raisonnable souligne le fait que la démocratie est vulnérable à ces idéologies anarchistes et haineuses qui prônent une conception chaotique de la société en attaquant une conception anthropologique relevant du sens commun.
Ce n’est pas l’homosexualité le fond du problème et le souci majeur des ordonnateurs des revendications gays, c’est la volonté de détruire toute institution et de contrecarrer l’ordre naturel. Et leur programme ne sera jamais assez accompli pour eux. Ils n’ont pas de limites. Aujourd’hui, nous assistons à la promotion d’une désexualisation de l’être humain. Cette adulation de l’androgyne va de paire avec une haine de la matière, du corps humain dans sa finalité, car ce corps est le lieu de la limite physique et de la différence sexuelle.
Récemment, le PS a été "zappé" par l’association Act Up (c'est-à-dire qu’une conférence du parti a été interrompue par un commando paramilitaire) car cette association accusait le PS de ne pas assez considérer les transgenres, donc d’être transphobes, selon leur logique d’assimilation et d’accusation. D’où la sanction décidée et appliquée par eux-mêmes. Un transgenre est un être humain qui se travestit ou qui a subi une opération le faisant changer de sexe physiquement. Un acte comme le "zapping" pour une cause comme les revendications transgenres fait apparaître l’absence de limites dans tous les aspects de la vie en société des adeptes de cette doctrine. Toujours selon la même dialectique accusatrice et affirmant des notions sur le ton du détenteur de la raison démocratique universelle, ces communautés appellent l’ordre humain naturel : l’ordre "judéo-chrétien", raccourcissant en une assimilation d’idée le débat et s’ouvrant la possibilité de s’en prendre à la religion. Car la religion est pour eux l’ennemi de la laïcité, cette fameuse laïcité qui est leur instrument pour imposer une neutralité tirant toujours plus vers l’uniformisation et le vide.
BERNANOS dans son livre Mr NOUIN illustre parfaitement la neutralité qui absorbe tout et tire vers le néant. Ce n’est pas à cette neutralité qu’il faut aspirer, mais, comme le dit Saint PAUL, à l’universalité vers laquelle tire une société basée sur la transcendance : « il n’y a ni homme ni femme, ni esclave ni maître… ».
 
L’enjeu aujourd’hui est la redéfinition du rapport entre religion (morale) et politique. L’homosexualité n’est pas qu’une revendication communautaire qui gagne du terrain. C’est une idéologie qui profite du délitement progressif de la matrice chrétienne, cette matrice qui a formée les institutions et qui assumait un ordre humain naturel en le rendant réalisable. La difficulté est de savoir comment les religions vont se positionner face à cette dégénérescence de l’ordre humain.
A l’avenir, il faut s’attendre à des affrontements entre les modèles qui se veulent universels et qui proposent des solutions au néant : la République, l’Islam ou l’Eglise Catholique.
Il y a un dynamisme dans l’ordre humain ou dans la grâce qui conduit à la vérité. Le but des tenants des revendications gays est de culpabiliser le sens commun. La solution n’est pas dans la démonstration du sens commun qui est une rhétorique qui rebute et est inutile. ARISTOTE a dit : « Celui qui demande pourquoi on honore les dieux et on vénère ses parents mérite un bon coup de bâton ». Il faut réassurer le sens commun en critiquant systématiquement cette théorie anarchiste.
Il a émis dans cette affirmation la méthode pour répondre à des mouvements sociaux désordonnés. Et si ARISTOTE n’a pas pris la peine de plus argumenter, c’est que ça n’en valait pas la peine. Ce qui était vrai autrefois est vrai aujourd’hui, les êtres humains restant ce qu’ils sont.
Il y a une tradition européenne de l’autonomie du "moi" qui est l’ancêtre de l’homosexualité comme mode de vie jouissif et égoïste. Peut-être qu’une orientation vers une conception communautaire des rapports sociaux serait une première évolution pour s’éloigner des théories nombrilistes actuelles ?
EVH

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