Qu'est-ce qu'être français ?

Publié le par Café bleu

Compte-rendu de la conférence de
Maître Jacques TREMOLET de VILLERS sur
″ Qu’est ce qu’être Français ? ″
du 21 février 2006
 
 
 
Chers Amis,
 
Le Café Bleu a reçu Maître TREMOLET de VILLERS avec le plus grand intérêt et une certaine avidité concernant la question qui a été le fil directeur de la soirée et qui s’est révélée fondamentale pour aborder les problèmes actuels de notre société. Notre invité, après sa fulgurante analyse de "l’être français", a répondu aux multiples questions qui lui ont été adressées, avec objectivité et surtout avec beaucoup d’espoir dans l’évolution de la France.
La qualité du débat qui a suivi la conférence est une source de satisfaction et de motivation pour les organisateurs.
 
Qu’est ce qu’être Français ? Cette question est plus que jamais d’actualité. Elle se pose aux Français de souche comme aux immigrés. Ces immigrés qui se la posent eux-mêmes et qui la posent aux institutions, sans obtenir de réponse.
C’est une question qu’il faut se poser à la fois d’un point de vue personnel et national.
CESAR disait des Gaulois : "Ils aiment la parole, les armes et la gloire."
D’autres ont dit de ces mêmes Gaulois qu’ils sont réservés et casaniers.
Leur image est multiple et paradoxale. Elle ne peut être définie par des critères catégoriels et figés.
Etre Français, c’est parler français. Or la langue charrie la pensée. Elle définit l’être d’une personne.
C’est aussi le sang versé pour la sauvegarde de l’unité du pays.
L’essentiel de la France, c’est sa géographie, son sol et son histoire.
 
Aujourd’hui, on est Français quand on naît sur le territoire français, par le droit du sol. Cela veut dire que ce sol a des droits.
On parle de terre d’Islam pour définir une zone géographique sous l’influence culturelle de l’Islam. Quand on naît sur cette terre, on est pris par tout le culturel qui constitue cette terre.
Il en est de même pour le sol français. Le sol français est le sol le plus anciennement habité du monde (une des plus anciennes traces d’habitations à La Chapelle aux Saints entre la Dordogne et la Corrèze découverte au XIXe).
 
Ce sont les monuments qui font l’homme, qui marquent son passage et sont un témoignage de sa chair et de son sang.
Le sol est humanisé et forme les hommes, même ceux arrivés par hasard.
 
Il y a plusieurs faits essentiels concernant la France, qui ont fait son être personnel et communautaire ; naturel et surnaturel.
Etre né Français est exceptionnel dans l’histoire du monde. Cela confère des obligations. JEAN-PAUL II est venu sept fois sur notre territoire pour rappeler les devoirs de la France. Ce qui était vrai concernant les fondements politiques de notre pays il y a quinze siècles est vrai aujourd’hui.
Le baptême de CLOVIS le jour de Noël 496 est le fondement de la France.
Les Francs étaient des auxiliaires des légions romaines. Ils étaient peu nombreux, mais forts et braves. CLOVIS s’est retrouvé encerclé par de saints évêques et par sa sainte femme Clotilde (patronne du Café Bleu). Le principal instigateur de ce "complot de saints" fut l’évêque saint REMI qui disait de lui-même qu’il aimait trop CICERON et SENEQUE, ce qui prête à penser que nous n’étions pas en des temps barbares et sauvages et que la civilisation gauloise fournissait des intellectuels cultivés et civilisés. C’est la chute des structures romaines qui a libéré la violence civile. Le choix de saint REMI, outre son inspiration divine, s’est fait de manière parfaitement réfléchie. Il est en face de changements majeurs dans l’ordre de la société de l’époque, et le recours à ce Roi Franc est la solution. Au commencement, en France, le Roi est nu, dépouillé dans la fosse baptismale, puis il revêt les attributs royaux. La France est née d’un baptême contrairement à l’ordre naturel qui veut que l’on naisse physiquement pour ensuite naître à la grâce, lors du baptême. Le Royaume de France est né longtemps après le baptême de CLOVIS, ce qui est différent d’une nation préexistante qui aurait été catholicisée. La légitimité de la France, en tant que nation, est son baptême. Tout s’est construit autour. JEAN-PAUL II l’a dit en expliquant que sa légitimité horizontale (sur les hommes) lui vient de sa légitimité verticale (qui vient de Dieu). La France n’est pas uniquement un royaume de ce monde. D’où les liens serrés qu’elle a avec Dieu, ce qui confère beaucoup d’obligations et de contraintes lorsque l’on est un Français conscient de l’être de la France et désireux d’œuvrer pour le bien commun. Si on adhère à cette réalité, on œuvre à faire monter la France très haut, et soi avec. Si on rejette cette réalité, tout tombe très bas. Etant très liée à l’Eglise dans son histoire et dans son être, la France n’est pas demi-mesure, tout comme Dieu vomit les tièdes.
JESUS-CHRIST est Roi de France ; le Roi n’est que le lieutenant de JESUS-CHRIST en France. C’est en ce sens que la France est la Fille aînée de l’Eglise car elle est la première nation à avoir reconnu JESUS-CHRIST comme suzerain, par l’intermédiaire de CLOVIS.
Il y eu quatre procès de Jeanne d’ARC. Et durant ces procès successifs, cette accusée de 19 ans mit ses juges et détracteurs en déroute, juges qui étaient pourtant des docteurs de Sorbonne (qui avait abrité deux siècles auparavant saint Thomas d’AQUIN), donc rompus aux joutes verbales les plus subtiles et aux raisonnements les plus fins. Cette jeune fille ne pouvait être que très intelligente et habitée par un esprit supérieur. Le Royaume de France devait revenir à un prince français légitime et Jeanne d’ARC est allée chercher CHARLES VII, vrai prince de France, pour éviter un Roi anglo-français. Ce royaume devait rester français d’après la cour céleste. La seule explication du souci qu’a le Ciel de garder le Royaume de France à un Roi français est que ce royaume a une vocation spéciale dans le salut des âmes qu’il abrite mais aussi des âmes qui se tournent vers lui. Il est une première marche vers le Royaume Céleste. Jeanne d’ARC a demandé à CHARLES VII de faire donation du Royaume de France à Dieu devant notaire, ce qu’il a fait et elle le lui a rendu au nom de " Messire Dieu " ; geste marquant le fait que pour redevenir Roi de France, CHARLES VII doit reconnaître n’être que le dépositaire de ce royaume devant Dieu.
La France est la Fille aînée du nouveau monde (après celui des empires) car elle est la première des royaumes temporels de JESUS CHRIST. Elle est comparée par tous les Papes au Royaume de Juda qui a vu naître DAVID, et JESUS-CHRIST. Il existe une filiation mystique entre les Rois de Juda et les Rois de France. Cette filiation est représentée sur la façade de NOTRE-DAME de Paris. Il est à noter que les représentations de la lignée des Rois de Juda et de France ont été les premières cibles lors des destructions révolutionnaires du patrimoine historique et religieux français. Le sacre du Roi de France est copié sur celui du roi DAVID. L’Eglise étant la nouvelle Israël (après la Rédemption), le peuple choisi par Dieu après la nouvelle alliance, la France, où cette Eglise est tant soutenue, a un rôle privilégié.
Nous avons renié cette ascendance à la Révolution avec des caractères idéologiques expliqués par la volonté de désacraliser ce qui était sacré pour s’affranchir du passé, mais avec d’autres caractères inexplicables. Par exemple, le sort de LOUIS XVI, Marie-Antoinette et LOUIS XVII, dans leur horreur, est inexplicable. Joseph de MAISTRE y voit l’œuvre de Satan. Un tel débordement de haine (l’amour retourné par l’orgueil et la jalousie) ne peut avoir qu’une origine surnaturelle dans la précision et la méthode avec lesquelles il a touché implacablement ses cibles. Les massacres de septembre sont de même inexplicables. Il faut savoir que les méthodes et l’organisation employées pour la Révolution ont servi d’exemple et ont été les premières du genre dans leur capacité à terroriser un peuple. Lénine a médité sur la Terreur pour la reproduire à la lettre en y ajoutant une efficacité supplémentaire en URSS.
Jean-Marc VARAUT a dit : "Dans le bruit des roues de la charrette qui emmène LOUIS XVI à l’échafaud, j’entends déjà les trains d’Auschwitz."
André FROSSARD a dit : "Le crime contre l’humanité commence à partir du moment où on tue quelqu’un pour ce qu’il est."
Durant les régimes et restaurations suivants, on ne retrouve plus la plénitude ni l’unité qui régnaient jusqu’alors en France. Le lien qui existait entre la famille régnante et le peuple n’a pas d’équivalent ensuite. Aujourd’hui, l’Eglise n’a plus le Royaume de France face à elle, et il lui manque. LEON XIII (le Pape de la reconnaissance de la République française par l’Eglise) avait exalté le baptême de la nation française lors du 14e centenaire du baptême du Roi Franc (voir encyclique sur "la noble nation française"), ne parlant pas de CLOVIS par souci diplomatique pour ménager la susceptibilité républicaine de la France d’alors. Il est intéressant de remarquer que JEAN-PAUL II a exalté le baptême du Roi CLOVIS en 1996, ne pouvant cette fois-ci honorer le peuple français, ses mérites et son histoire, pour ménager notre esprit autodestructeur et éviter des polémiques. Le Pape nous avait exhorté à garder l’âme française comme un trésor lors de cette visite à Reims.
La France est un moment temporel du royaume des Cieux. Comme la Mère, la Fille aînée subit les tribulations que JESUS-CHRIST a subies. De même que l’Eglise, le Royaume de France, aujourd’hui, est humilié. Quand l’Eglise est triomphante, le Royaume de France est triomphant.
 
Etre français aujourd’hui, c’est affirmer au monde que toute politique qui ne se rattache pas à une mystique n’est pas humaine. C’est proclamer que le CHRIST est Roi de France. Il faut prendre conscience que nous avons une vocation à montrer l’exemple, à diriger. Le Royaume de France (jusqu’à aujourd’hui) est celui qui a fourni au monde le plus de missionnaires. Nous avons une vocation à manifester au monde la vérité. Il faudrait que nous remplissions ce rôle de phare.
JEAN-PAUL II a dit durant un voyage en France : " France, éducatrice des peuples, es-tu restée fidèle aux promesses de ton baptême ? ", et devant le malaise palpable de la foule, le saint Père a ajouté : "Je ne condamne pas, mais c’est mon devoir de vous rappeler votre mission."
Saint PIE X a dit en parlant de la France : "Comme SAUL, il te sera demandé : Pourquoi me persécutes-tu ? "
La politique, en France, a toujours été le souci du règne de l’ordre, de la paix. Le prince capétien ne cherche pas la performance économique ou matérielle, mais la prospérité.
 
Dans la constitution du Royaume des Francs, il est écrit en premier : "Vive le CHRIST qui aime les Francs". C’est un cri d’amour. On mesure la faiblesse de la constitution républicaine dans sa capacité à rassembler de manière constructive par rapport à la constitution franque.   . Le principe de l’égalité est mis en déroute quotidiennement dans les organisations humaines. Il suffit d’observer le fonctionnement de la hiérarchie dans une entreprise ou dans l’armée. Et devant la justice idéologique et affichant ses convictions au mépris de la neutralité requise, point d’égalité.
. Il ne faut pas séparer le royaume des Cieux et le temporel, mais seulement les distinguer. La société doit être chrétienne, non pas seulement les sujets. D’où la grande souffrance de l’Eglise qui ne peut laisser partir le temporel hors de son influence. La doctrine sociale de l’Eglise s’inscrit dans cette volonté de rendre à Dieu la place qui lui est due dans la vie de chaque société.   JEAN-PAUL II a fait de la doctrine sociale de l’Eglise le pilier de son pontificat. Il a dit : "Ouvrez les portes de l’économie et du social au CHRIST !!"
Chaque génération est appelée à refaire le royaume de France, que le roi soit présent, absent, ou en attente.
L’histoire de l’Eglise est une suite de chutes et de résurrections. Il a fallu l’hérésie d’Arius pour mettre au point le dogme de la double nature du CHRIST. Il a fallu l’hérésie protestante pour mettre au point le dogme de l’unité indivisible de l’Eglise. Aujourd’hui, l’hérésie est la séparation entre le temporel et le spirituel. La première instigatrice et victime de cette erreur est la France elle-même. Au lieu de s’acharner dans de fausses directions, il faut faire admirer la France. L’histoire du sol avec la religion catholique peuvent arriver à franciser les nouvelles populations. La race française est beaucoup moins biologique que culturelle.
 
L’action politique aujourd’hui est une action culturelle qui vise à faire reconnaître à une élite que le Royaume de France est là et qu’il l’attend. Il faut donc travailler à une Instauration du Royaume de France, et non à une Restauration.
Le Prince Jean de France dit : "Je suis prêt à assumer la totalité de ma vocation."
Autrefois, les ambassadeurs de Venise, qui détenaient une connaissance unique des cours européennes, disaient : "Ce qui distingue la famille royale de France des autres, c’est l’amour que le peuple lui porte."
C’est dans ce sens que le Duc de Vendôme agit en allant à la rencontre des Français au quotidien.
Les catholiques doivent prendre la tête du renouvellement de la politique.
 
EVH

Commenter cet article